Actu

Le consulat britannique de Jérusalem-Est tombe à sept agents

Rebaptisé « UK Mission, Jerusalem », le bâtiment reste ouvert, mais la consule générale et une vingtaine d’agents partent sous la pression d’Israël.

Sarah Benhamou Par Sarah Benhamou
4 min de lecture
Le consulat britannique de Jérusalem-Est tombe à sept agents
Jérusalem, où le consulat britannique de Jérusalem-Est tombe à sept agents.

Le bâtiment ne ferme pas, mais il se vide. Le consulat britannique de Jérusalem-Est devient une représentation baptisée « UK Mission, Jerusalem », et la plupart de ses diplomates quittent Israël. Selon le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, vingt diplomates, consule générale incluse, cessent leurs fonctions, tandis qu’une équipe de sept personnes est autorisée à rester sur place avec un champ d’action qualifié de très restreint. Le chef de la diplomatie britannique, Ed Miliband, assure de son côté que ces sept agents continueront d’assurer les services essentiels.

En bref

  • Le consulat britannique de Jérusalem-Est fonctionne désormais sous le nom de « UK Mission, Jerusalem ».
  • Israël a exigé cette réduction en riposte aux sanctions britanniques visant les colonies de Cisjordanie.
  • Londres renonce pour l’instant à expulser des diplomates israéliens, sans abandonner son droit de riposte.
  • L’ambassade britannique de Tel Aviv n’est pas concernée par la mesure.

Un consulat rebaptisé, une équipe divisée par quatre

L’institution n’a rien d’anodin. Fondé en 1838, le consulat gère les relations du Royaume-Uni avec les Palestiniens de Jérusalem, de Cisjordanie et de Gaza. D’après The Guardian, la consule générale sur le départ s’appelle Helen Winterton, et la nouvelle mission rendra compte directement au Foreign Office à Londres, sans passer par l’ambassade de Tel Aviv. C’est le sens que Londres donne au mot « indépendante ».

1838année de fondation du consulat
20diplomates appelés à partir, consule générale comprise
7diplomates autorisés à rester dans le bâtiment

Sur le terrain, ce sont des responsables britanniques qui ont eux-mêmes décroché l’enseigne du consulat. Le drapeau du Royaume-Uni flottait pourtant encore devant l’entrée le jeudi matin. Les agents partis n’ont pas été rapatriés à Londres : ils poursuivent leur travail depuis d’autres postes de la région. Ed Miliband affirme que les sept restants seront « indépendants et opérationnels » et poursuivront leur action auprès de la population palestinienne. La mission doit continuer à soutenir les ressortissants britanniques et à dialoguer avec les institutions palestiniennes, avec moins de bras. L’accord n’ayant été conclu que le mercredi soir, de nombreux détails pratiques restaient à régler.

Interrogé sur ce qui ressemble à un simple changement d’étiquette, le ministre britannique Stephen Doughty a résumé la position de Londres : « You can see what’s changed in terms of a name but crucially our presence remains » (en substance, seul le nom change, la présence demeure). Vincent Fean, consul général britannique auprès des Palestiniens de 2010 à 2014, se montre plus nuancé, estimant que perdre vingt agents constitue une forte baisse, tout en jugeant l’issue préférable à une absence totale.

Des sanctions contre les colonies à la riposte israélienne

Le différend remonte au mois dernier. Ed Miliband a alors interdit le commerce avec les colonies israéliennes de Cisjordanie occupée, jugées illégales au regard du droit international, et durci les sanctions contre ceux qui contribuent à leur construction. Israël a répliqué le 8 septembre par une série de mesures, dont l’ordre de fermer le consulat dans un délai de trente jours.

Gideon Saar a énuméré quatre décisions visant l’activité britannique, parmi lesquelles le retrait des représentants du Royaume-Uni du Centre international de soutien à Gaza, installé à Kiryat Gat, et l’interdiction d’entrée en Israël pour douze personnes nommément désignées, dont l’ancien chef travailliste Jeremy Corbyn. Il a justifié cette ligne en ces termes, rapportés en anglais : un principe clair a été posé, selon lequel il n’est pas possible d’agir contre Israël sans qu’Israël réponde par des mesures appropriées.

Londres conteste la base même de l’opération et soutient qu’Israël n’a aucun droit légal de fermer ce poste. Ed Miliband a rappelé dans un communiqué que le gouvernement britannique considère de longue date Jérusalem-Est comme un territoire occupé. Faute d’entente sur les garanties de sécurité et de protection du personnel et des locaux, il explique avoir retiré temporairement une partie des agents et leurs familles.

Une désescalade négociée avant le scrutin israélien

Le compromis a été préparé en amont. Selon The Guardian, le conseiller britannique à la sécurité nationale, Jonathan Powell, s’est rendu en Israël la semaine précédente pour en négocier une version. Les élections israéliennes, prévues le 27 octobre, ont pesé : le Royaume-Uni voulait éviter qu’un parti ne s’empare du conflit pendant la campagne, et Ed Miliband a renoncé à expulser de Londres un nombre équivalent de diplomates israéliens.

Ce renoncement reste conditionnel. Comme le rapporte la BBC, Londres s’engage à ne prendre aucune mesure réciproque tant que les discussions se poursuivent de manière crédible, et prévoit de reconstituer ses effectifs dans les prochains mois. Des sources britanniques insistent sur le fait que le droit de riposter demeure intact.

Les Pays-Bas visés, la France et le Canada épargnés

Le Royaume-Uni n’est pas le seul pays occidental à subir la réaction israélienne. Israël a annoncé qu’il retirerait leur accréditation aux diplomates néerlandais affectés à la mission auprès des Palestiniens, en réponse à l’interdiction par les Pays-Bas des importations issues des colonies. La France et le Canada, qui se sont associés à l’interdiction commerciale britannique, n’ont en revanche fait l’objet d’aucune mesure.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Виктор Соломоник. Licence Pexels.

Sarah Benhamou

La ville, les usages, les idées

Sarah Benhamou

Sarah Benhamou a grandi à Marseille et s'est installée à Tel Aviv il y a vingt ans, après des études de géographie. Elle suit pour Tel-Avivre l'actualité, l'environnement et la vie pratique en Israël, avec un œil sur ce qui concerne les francophones. Elle compare souvent la situation israélienne avec celle de la France. Elle roule à vélo le long du front de mer tôt le matin.