En Israël, arriver en tête ne suffit pas pour diriger le gouvernement
Scrutin de liste, seuil de 3,25 % et 61 sièges à réunir : au-delà du vote du 27 octobre, c’est la négociation de coalition qui décide qui gouvernera.
En bref
- La Knesset compte 120 sièges, répartis à la proportionnelle sur une circonscription unique.
- Un gouvernement doit réunir 61 députés, ce que presque aucun parti ne réalise seul.
- Le président charge un député de former une coalition, sans que ce soit forcément le chef du premier parti.
- Deux sondages cités début octobre ne donnent de majorité à aucun camp.
En Israël, arriver en tête des législatives ne garantit pas le poste de Premier ministre : il faut ensuite rassembler 61 députés sur 120. Pour le scrutin du 27 octobre, les premières élections depuis les attaques du 7 octobre 2023, France 24 détaille un système où l’essentiel de la bataille se déroule après le vote.
Un vote pour une liste, pas pour un Premier ministre
Les électeurs ne désignent pas directement le chef du gouvernement. Ils choisissent une liste présentée par un parti ou une alliance, et non un candidat dans une circonscription. Les 120 sièges sont attribués à la proportionnelle dans une circonscription unique couvrant tout le territoire, aux seules listes qui franchissent le seuil de 3,25 %.
Les candidats sont classés à l’avance par leur formation. Une liste qui obtient 20 sièges envoie à la Knesset ses 20 premiers noms. Avec ce mode de scrutin et la multiplicité des partis (40 listes s’étaient affrontées en 2022), un parti seul n’atteint pratiquement jamais les 61 sièges : le gouvernement repose généralement sur une coalition.
Après les urnes, la course aux 61
La formation du gouvernement suit une séquence précise.
- Le président, actuellement Isaac Herzog, consulte les partis.
- Il charge un député de former le gouvernement, pas forcément le chef du parti arrivé en tête.
- Ce député dispose de 28 jours, prolongeables de 14 jours, pour négocier une coalition.
- Le gouvernement constitué doit obtenir la confiance de la Knesset.
Comme il faut réunir 61 députés, les petites formations, par exemple les partis arabes ou ultraorthodoxes, peuvent jouer un rôle décisif. Si une tentative échoue, d’autres sont possibles. Quand aucune n’aboutit, les électeurs retournent aux urnes. Pendant ce temps, le gouvernement sortant reste en fonction tant qu’un nouveau n’est pas investi.
2021 et 2022 : deux scénarios opposés
Les deux derniers épisodes montrent que le classement des partis et le pouvoir réel peuvent diverger.
| Année | Ce qui s’est passé |
|---|---|
| 2021 | Après quatre élections en moins de deux ans, Benjamin Netanyahou échoue à former un gouvernement. Naftali Bennett devient Premier ministre à la tête d’une coalition hétéroclite, alors que son parti n’a que sept sièges. |
| Novembre 2022 | Le Likoud arrive en tête avec 23,4 % des voix et 32 sièges, devant Yesh Atid de Yair Lapid (24 sièges). Le bloc de Netanyahou totalise 64 députés, soit la majorité absolue. |
Cette majorité a été favorisée par l’échec de Meretz et du parti arabe Balad, restés sous le seuil de 3,25 % : leurs électeurs n’ont eu aucun représentant à la Knesset. Netanyahou a formé fin décembre 2022 une coalition réunissant la droite, l’extrême droite nationaliste et les partis ultraorthodoxes. Elle s’appuyait sur la liste Sionisme religieux-Otzma Yehudit (14 sièges), le Shas (11) et Judaïsme unifié de la Torah (7). La coalition de Bennett, elle, avait fini par se désagréger, ce qui a conduit à la dissolution de la Knesset.
Des sondages sans majorité
Selon un sondage du radiodiffuseur public KAN publié le dimanche 4 octobre, l’opposition obtiendrait 52 sièges contre 51 à la coalition de Netanyahou. Yashar, le parti de Gadi Eisenkot, resterait en tête avec 23 sièges, devant le Likoud (21). Direct Polls, pour i24News le jeudi 1er octobre, place au contraire le Likoud premier avec 28 sièges, devant Yashar (22). L’alliance de Naftali Bennett et Yaïr Lapid et Les Démocrates auraient neuf sièges chacun. Dans les deux enquêtes, aucun bloc n’atteint 61.
Si ni Gadi Eisenkot, autour de qui l’opposition s’est restructurée, ni Benjamin Netanyahou ne parviennent à réunir 61 soutiens, Israël pourrait se retrouver dans une impasse politique, selon France 24. La coalition actuelle rassemble le Likoud, des partis religieux et des ultranationalistes ; le Likoud est aux commandes de façon presque ininterrompue depuis 2009.
Photo : Hedva Sanderovitz / Wikimedia Commons
