Les fumées des feux de forêt exposent les pompiers à des troubles respiratoires durables
Des symptômes peuvent persister jusqu’à deux ou trois ans après l’exposition. En France, l’absence d’étude épidémiologique spécifique complique encore l’évaluation du risque professionnel et l’adaptation des protections.
Les fumées des feux de forêt représentent un risque durable pour la santé respiratoire des pompiers, mais ses conséquences professionnelles demeurent mal mesurées en France. La Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL) relie l’exposition à des substances irritantes à une dégradation de la fonction pulmonaire et à l’apparition de maladies pulmonaires chroniques. En l’absence d’une étude épidémiologique française consacrée aux agents exposés, il reste toutefois impossible de déterminer précisément l’ampleur du phénomène.
Des troubles respiratoires qui peuvent durer plusieurs années
L’inhalation de fumée au cours d’une intervention ne se limite pas à une gêne passagère. D’après des conclusions de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail rapportées par Sciences et Avenir dans son enquête sur l’exposition des pompiers, les épisodes de fumée ont des conséquences défavorables à court terme sur la mortalité non accidentelle. Ils sont aussi associés à de la toux, des irritations et un essoufflement.
Ces symptômes disparaissent généralement, mais pas nécessairement dès la fin de l’incendie. Ils peuvent encore être présents deux à trois ans après l’exposition. Le risque sanitaire excède donc la durée du combat contre les flammes. Dans le cas des pompiers, les interventions successives peuvent en outre entraîner des expositions répétées au cours d’une carrière, sans que leur poids sanitaire cumulé soit précisément évalué à l’échelle nationale.
Les conséquences mentionnées par la CNRACL ne se situent pas toutes sur le même plan. Une baisse de la fonction pulmonaire correspond à une altération mesurable des capacités respiratoires, tandis qu’une maladie pulmonaire chronique s’inscrit dans la durée. Cette distinction permet de comprendre pourquoi la surveillance ne peut pas porter uniquement sur les manifestations ressenties juste après une intervention.
Elle ne suffit cependant pas à attribuer chaque pathologie constatée chez un pompier aux seules fumées des feux de forêt. Une éventuelle surmortalité provoquée spécifiquement par cette exposition n’est pas établie. Le risque documenté justifie une surveillance, mais son niveau exact et sa répartition au sein de la profession nécessitent encore des données françaises structurées.
La France manque d’un suivi épidémiologique spécifique
Émilienne Poumirol, sénatrice de la Haute-Garonne et autrice d’un travail parlementaire consacré aux cancers professionnels des pompiers, souligne qu’aucune étude épidémiologique française n’évalue les effets de la toxicité des fumées sur leur santé. France-Antilles, dans son article sur les intoxications liées aux feux de forêt, fait état de cette lacune tout en indiquant que le sujet a été étudié dans des pays anglo-saxons.
Une étude menée dans le temps pourrait comparer des groupes de pompiers selon leur exposition et observer l’évolution de leur santé. Elle aiderait à mesurer la fréquence des troubles, leur persistance et leurs éventuels liens avec les conditions d’intervention. Sans ce dispositif, les situations individuelles signalent un problème potentiel, mais elles ne permettent pas d’en calculer l’incidence dans l’ensemble de la profession.
Ce manque de données complique aussi l’adaptation du suivi médical. Il empêche notamment de comparer précisément les agents selon la durée de leur exposition, la répétition des incendies combattus ou les protections portées. L’enjeu relève ainsi de la Santé au travail autant que de la prise en charge des intoxications immédiatement visibles.

« Je me bats pour cette cause »
Guillaume Vasselin, pompier depuis 30 ans
Son alerte illustre la demande de reconnaissance portée par des professionnels confrontés à des troubles après des incendies. Elle ne constitue toutefois pas une mesure statistique du risque. Passer des parcours individuels à une évaluation collective suppose un suivi prolongé, conduit selon une méthode commune et capable de rapprocher les données médicales des conditions réelles d’exposition.
Le masque FFP2 sous la cagoule montre une limite opérationnelle
La protection respiratoire se heurte à une difficulté concrète sur le terrain. Pendant un mégafeu en Gironde, des pompiers ont porté une cagoule de feu par-dessus un masque FFP2. À proximité des flammes, cet empilement a été jugé irrespirable. La protection supplémentaire entrait ainsi en tension avec les contraintes physiques d’une intervention menée dans la chaleur et au voisinage du foyer.
Cet épisode ne démontre pas que tous les équipements respiratoires sont inutiles ni qu’ils posent les mêmes difficultés lors de chaque opération. Il montre plutôt qu’une protection doit être évaluée dans les conditions précises de son utilisation. Un masque disponible en théorie perd de son efficacité pratique s’il gêne fortement la respiration ou ne peut pas rester en place durant les phases les plus exigeantes.
La chaleur, l’effort, la mobilité et la compatibilité avec la cagoule comme avec le reste de la tenue doivent donc être considérés ensemble. Le problème ne se résume pas au choix isolé d’un masque. Il concerne un ensemble d’équipements et de méthodes qui doivent protéger l’agent sans compromettre sa capacité d’action près des flammes.
La décontamination complète cette approche. Les équipements exposés doivent être pris en compte après l’intervention, et pas seulement pendant le feu. Cette dimension prolonge la prévention au-delà du port d’une protection respiratoire et replace le risque dans tout le déroulement de l’opération.
Le financement proposé associe surveillance et recherche
La mission parlementaire préconise la création d’une enveloppe nationale pour agir sur plusieurs volets complémentaires. Ce financement reste une proposition. Il n’est donc ni adopté ni mis en œuvre à ce stade. Son objectif serait de relier la surveillance médicale, la production de connaissances et la conception de protections adaptées aux contraintes opérationnelles.
- Renforcer le suivi médical afin d’observer dans le temps l’état de santé des pompiers exposés.
- Financer des études épidémiologiques pour mesurer les conséquences professionnelles des fumées.
- Soutenir la recherche-développement consacrée aux protections respiratoires et aux tenues.
- Améliorer la décontamination des équipements utilisés pendant les interventions.
- Développer des capteurs individuels pour mieux caractériser l’exposition de chaque agent.
Ces leviers répondent à deux difficultés différentes. Le suivi médical et les études épidémiologiques doivent préciser la nature et la fréquence des effets sanitaires. Les recherches sur les masques, les tenues, les capteurs et la décontamination visent à mieux mesurer ou limiter l’exposition pendant et après les opérations.
Les capteurs individuels pourraient mieux documenter les conditions d’exposition de chaque agent au cours des interventions. Ces mesures aideraient à rapprocher les données médicales de la durée, de la répétition et de l’intensité des expositions, tout en tenant compte des équipements portés sur le terrain.
La mesure et la prévention doivent avancer ensemble. Des données sanitaires plus solides permettraient d’orienter le suivi médical, tandis que des équipements réellement supportables près des flammes pourraient réduire l’exposition. La portée de cette réponse dépend désormais d’une décision sur le financement national recommandé par la mission parlementaire.
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