Nous avons rencontré Delphine Cedolin à Tel Aviv. Elle est diplômée de l’Institut Adler, spécialiste en éducation positive et difficultés familiales liées à l’expatriation ou l’Alyah. Nous avons souhaité en savoir plus sur les affres liées à l’intégration des familles de olim en Israël.  

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Tel-Avivre: Ces dernières années de nombreuses familles françaises sont venues s’installer en Israël. Une question se pose aux parents: “Comment préserver la langue française et la passer à la génération suivante?”

Delphine Cedolin: Pour préserver une langue il faut l’utiliser. Dans le cas où les parents parlent français entre eux et s’adressent à leurs enfants uniquement en français, ceux-ci intégreront la langue maternelle même si ce n’est pas la langue du pays. Plus le français sera présent à la maison, plus l’enfant intégrera cette langue, il est donc conseillé de lire et regarder la TV en français. Parfois les enfants comprennent le français parfaitement parce que c’est la langue dominante à la maison, cependant ils refusent de le parler. Cela se produit quand les enfants sont nés en Israël et n’éprouvent pas le besoin de parler français, ou bien quand l’apprentissage de l’hébreu est très difficile et qu’ils peinent à s’intégrer. Il est courant de voir des familles où les parents parlent en français et les enfants répondent en hébreu! Pour inciter les enfants à parler français il faut qu’ils en aient besoin. Lorsque les parents ne comprennent pas l’hébreu c’est facile car les enfants n’ont pas d’autre choix. Sinon c’est au parent de créer une dynamique ou l’enfant répond en français. Par exemple on peut aider l’enfant à répéter la phrase en français avant de lui répondre ou d’accéder à sa demande. Il est important de faire cela en douceur et avec la coopération de l’enfant afin de ne pas entrer dans un rapport de force qui bloquerait l’enfant complètement. Pour ce qui est d’apprendre à lire et à écrire le français, la coopération entre parent et enfant est aussi importante, il est primordial que l’apprentissage de la lecture et de l’écriture ne soit pas perçu par l’enfant comme rébarbatif voire comme une punition. Le rôle du parent est alors de créer un besoin afin de donner envie à l’enfant d’apprendre : l’abonner à un magazine en français par exemple ou bien écrire aux grands-parents. De nombreux facteurs entrent en jeu, chaque enfant est différent et dans une même fratrie les relations que chacun des enfants entretient avec le pays d’origine est différent. Cela signifie qu’au sein d’une même famille, certains des enfants développeront un sentiment d’appartenance au pays d’origine et d’autres non. Il est important que les parents acceptent et respectent le ressenti de l’enfant afin de lui passer le message qu’on l’aime tel qu’il est, français ou pas.

Tel-Avivre: Que faire quand les règles françaises paraissent inadaptées et impossibles à mettre en place tant la culture est différente ? Je pense aux repas, aux sorties ou à la politesse.

D.C: Outre que la langue du pays modèle l’esprit des enfants, la culture influe sur leurs réactions, lesquelles peuvent laisser les parents perplexes. Prenons l’exemple des repas: Contrairement aux français les israéliens mangent à toutes heures et pas forcément tous ensemble. Il est très difficile voire douloureux pour les parents français de voir leurs enfants manger en dehors des heures des repas et refuser de venir à table quand ils n’ont pas faim. Ce temps est souvent l’unique moment de la journée où la famille est réunie, c’est un moment d’échange où chacun peut raconter sa journée et aborder des sujets divers. Mais pour l’enfant ce moment peut être vécu comme une contrainte qui l’empêche de vivre au rythme israélien comme le font ses amis. Lui veut être comme tout le monde et ne comprend pas toutes ces règles qu’il doit respecter alors que les autres non. C’est alors tout un art pour les parents français de trouver un juste milieu entre ce qui est important pour eux et ce qui est important pour les enfants. Il faut que tout le monde y trouve son compte et coopère. Les parents doivent faire des concessions, c’est à dire choisir leurs guerres. Plus l’enfant aura le sentiment qu’on prend en compte ses besoins, plus il coopérera avec ses parents. Pour ce qui est des sorties les parents doivent aussi s’adapter à la vie israélienne et ici les enfants sont indépendants beaucoup plus tôt, ils sortent seuls plus jeunes et la place du groupe d’amis est bien plus importante qu’elle ne l’est en France. Lorsque les parents français interdisent à leurs enfants de sortir comme le font leurs amis, lorsqu’ils appliquent les mêmes règles qu’en France, ils rendent ainsi plus difficile l’intégration des enfants en créant un décalage avec le groupe d’amis. Il y a alors de grandes chances pour que ces enfants trichent et mentent afin de pouvoir vivre ce que leurs pairs vivent. Ils ne font pas ça contre leurs parents mais parce qu’ils sont israéliens et qu’ils veulent être comme tous les israéliens. En ce qui concerne la politesse vous imaginez- bien qu’il est impossible de changer tout un pays! Les parents français peuvent par contre mettre en place ce qu’ils considèrent comme poli entre membres de la famille. Par exemple le parent n’accède pas à la demande de l’enfant si celui-ci ne s’adresse pas à lui de manière respectueuse. Les parents peuvent influer sur le mode de communication qu’ils développent avec leurs enfants. Par contre il est important de ne pas intervenir dans les relations que leurs enfants développent avec les tiers… et cela même si le parent français est choqué par ce mode de communication qui selon lui est irrespectueux mais qui en Israël est la norme. Enfants et parents font alors chacun des concessions: Les parents laissent leurs enfants s’épanouir dans une culture dont ils n’ont pas toutes les clés et en échange les enfants acceptent de partager la culture de leurs parents.

Tel-Avivre: Une dernière question qui taraude les parents: Comment faire quand on ne peut pas aider ses enfants à faire les devoirs?

D.C.: Vous me demandez mon avis donc je vais vous le donner au risque de vous choquer: C’est très sain! Les parents français sont beaucoup trop sur le dos de leurs enfants en ce qui concerne les devoirs. Dans de nombreuses familles parents et enfants sont en rapport de force à cause des devoirs. Or les devoirs sont un outil pour responsabiliser l’enfant qui apprend par ce biais à assumer les conséquences de ses actes: Que se passe t-il quand on oublie de faire les devoirs? Que se passe t-il quand on les bâcle? etc… L’enfant a besoin de se tromper pour apprendre et les parents français ne laissent pas leurs enfants se tromper assez.

L’apprentissage est un processus: Un enfant qui apprend à marcher va tomber plein de fois avant d’y arriver. Le rôle du parent est de le soutenir et de l’encourager “Tu es tombé mais tu as fait 3 pas tu as vu? Bientôt tu marcheras!” Il faut avoir la même démarche face à tout apprentissage et donc face aux devoirs. Les devoirs appartiennent aux enfants et il m’est difficile de voir combien parfois la relation parent enfant est détériorée à cause des devoirs!

Attention je ne dis pas qu’il faut laisser l’enfant gérer seul, je dis qu’il faut trouver un système de coopération où chacun a sa place: Le parent doit mettre tout en place pour que l’enfant puisse faire ses devoirs mais c’est à l’enfant de prendre cela en charge. Le rôle du parent est de laisser faire son enfant, de le laisser se tromper pour qu’il puisse apprendre, de l’encourager, de lui proposer de l’aide si besoin sans lui imposer sa méthode. La difficulté est souvent l’angoisse du parent qui a peur que son enfant soit en échec. C’est comme si un parent avait l’angoisse que son enfant de un an qui tombe ne marche jamais! Les devoirs ne doivent pas gâcher la relation entre le parent et l’enfant. Le plus important est de créer une relation avec l’enfant qui est basée sur l’amour, la confiance et la coopération. Un enfant qui se sent aimé et qui a une bonne image de lui-même a toute les chances de réussir dans la vie. Au contraire un enfant qui a une mauvaise image de lui-même ne deviendra pas un adulte accompli et cela malgré tous les diplômes qu’il peut avoir.

Delphine Cedolin 052-5443474 – Consultante en parentalité – Diplômée de l’Institut Adler Consultations individuelles

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