Il y a quinze jours, je vous ai parlé du bitcoin. Je reviens aujourd’hui sur le sujet compte tenu de la chute du cours. Rappelons-nous que le bitcoin était côté, en 2009, à 0,001 $. C’était un an après son démarrage, en octobre 2008, en pleine crise des subprimes, par « Satoshi Nakamoto » à l’identité réelle inconnue. Le bitcoin a commencé 2017 à 1 000 $ et l’a terminé à près de 16 000, après avoir dépassé 18 000 $. Aujourd’hui, le cours oscille autour de 10 000 $. Cette rapide dégringolade est de nature à refroidir de nombreux enthousiasmes. D’aucun font le parallèle avec « l’affaire des tulipes hollandaises » en février 1937, souvent qualifiée de première bulle financière spéculative.
bitcoin.
Le bitcoin semble avoir les attributs d’une monnaie dans ses trois dimensions, instrument de mesure des valeursintermédiaire des échangeset réserve de pouvoir d’achat. Mais, avec de telles variations du cours, quelle crédibilité peut-on accorder à une crypto monnaie ?
Aujourd’hui, les crypto monnaies peuvent être utilisées sur plus de 100 000 sites internet. Mais comment un bitcoin peut-il permettre d’acheter un livre alors que sa valeur subit de telles variations sur des délais aussi courts ?
Le bitcoin est souvent présenté comme la manifestation de la défiance à l’égard d’un système financier et bancaire qui avait failli. Les dysfonctionnements du système monétaire justifient de telles tentatives. Deux exemples permettent de comprendre la perte de crédibilité du système :
  • La logique économique voudrait qu’un excédent de balance commerciale d’un pays conduise à une réévaluation de sa monnaie, et qu’inversement un déficit entraine une dépréciation. Or, depuis plus de vingt ans, la Chine accumule des excédents sans que sa monnaie ne soit réévaluée pour corriger les déséquilibres.
Les Etats-Unis évoquent de temps en temps le sujet, mais ils ne peuvent aller très loin car les Chinois sont les premiers souscripteurs et détenteurs de bons du Trésor américain. Par ailleurs, aucun pays n’ose véritablement aborder le sujet de crainte de se voir fermer le marché chinois.
  • La logique économique voudrait que les investisseurs placent leurs liquidités dans la monnaie offrant le taux d’intérêt le plus élevé. Or, depuis plusieurs mois, les taux en dollars sont plus élevés que ceux en euros. Et pourtant, c’est la devise européenne qui s’apprécie face au dollar.
Tant que la gouvernance mondiale ne mettra pas bon ordre entre les devises, il y aura des expériences d’acclimatation de crypto monnaies en dehors des banques centrales et du système officiel. Celle du bitcoin pourrait ne pas être pérenne à cause notamment de la spéculation, mais d’autres suivront, car la technologie existe.
Rappelons-nous l’épisode de John Law. A la mort de Louis XIV, le pays est en faillite. Pour faire face à la banqueroute, le Régent suit les recommandations de John Law en procédant à la première émission de papier monnaie qui va permettre renflouer les caisses de l’Etat et de payer la dette. C’est l’euphorie, la spéculation durant quatre ans avant l’effondrement. L’échec va entraîner une suspicion des Français à l’égard du papier monnaie, et il faudra près d’un siècle pour dépasser les réticences et réserves.
Cette catastrophe, comme bien d’autres crises financières, ont fait que la liberté du commerce et de l’industrie ne s’applique pas aux métiers de l’argent. La spécificité des métiers de la banque et de la finance, l’importance de l’appel public à l’épargne justifient, voire imposent une réglementation, un contrôle.
Je concluais ainsi ma précédente chronique : « le monde ne peut se permettre, dix ans après la crise des subprimes, une nouvelle catastrophe. Les autorités doivent trouver les moyens de contrôler le phénomène, pour éviter qu’il ne soit utilisé pour des activités criminelles ou illicites, sans pour autant brider l’imagination particulièrement propice avec la dématérialisation. »
Les autorités doivent assurer :
  • De l’information. Un marché ne peut fonctionner correctement sans une information « pure et parfaite », nous dit la théorie. Sans aller jusqu’à ce schéma théorique, l’absence d’informations sur les initiateurs, les algorithmes, les « mineurs », ces intermédiaires assurant les transactions…fragilise le système.
  • De la transparence. Si le cours d’une action avait connu des variations identiques à celles du bitcoin, les autorités auraient immédiatement diligenté une enquête pour vérifier s’il n’y a pas eu délit d’initié, manipulation de cours…En quelques jours, une centaine de milliards de dollars a disparu !
  • Du contrôle. A un moment où les Etats et les autorités monétaires et bancaires traquent les paradis fiscaux, la fraude fiscale ou les activités criminelles ou illicites, il faut éviter que le système ne devienne une formidable machine de blanchiment d’argent sale.
  • De la concurrence. Contrairement à certains commentaires, les transactions ne sont pas gratuites. Alors que les droits des consommateurs a régulièrement progressé depuis des décennies, il n’est pas envisageable de laisser des mécanismes le remettre en cause.
  • De la protection. Il n’est pas possible de laisser des épargnants se faire piéger par de tels mouvements spéculatifs.
Quelle que soit l’intérêt du mécanisme du blockchain, il faut éviter que ce progrès technique ne soit dévoyé. Faisons attention, une mondialisation totalement débridée entraine les réactions de repli, comme on le voit avec le Brexit et la Catalogne.
 par Dov ZERAH
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