Son identité désormais bien acquise, Israël s’offre le luxe d’enrichir l’hébreu d’une autre langue, une troisième…Etre bilingue, trilingue, (voire plus), voilà sans doute ce dont ont rêvé les premiers arrivants en lutte avec cet apprentissage forcé autant que frustrant : Ne devoir parler que l’Hébreu, rien que l’hébreu. D’une logique impitoyable, ce petit pays naissant, avait un besoin évident de se forger une identité au travers d’un jargon bien à lui ! Rien ni personne ne devait oblitérer ce but premier.

babelEt chacun de « sacrifier » son originel langage au profit de l’hébreu, cette langue morte depuis des lustres prête à ressusciter plus flamboyante que jamais sur la terre des ancêtres. Plus facile à dire qu’à mettre en pratique et pourtant, miracle parmi d’autres prodiges, tous les pionniers du nouvel état décidèrent qu’il devait en être ainsi.
Il fallait être un réel béotien pour s’étonner de cette politique et critiquer les nouveaux israéliens de ne pas faire profiter la nouvelle génération de leurs connaissances linguistiques.
Est-ce bien utile de rappeler que cette résurrection, due en grande partie à Eliezer Ben Yehuda répondait à une attente bien spécifique ?
Faire évoluer l’homme en lui proposant une vie riche de l’autre, des autres, dans un monde juif, religieux peut-être, traditionaliste sans doute, mais en tous cas, en évolution vers de nouveaux centres d’intérêts qui ont pour noms Histoire, Géographie, Mathématiques, toutes formes littéraires etc.
Et pourtant cette première forme d’hébreu moderne, l’Hébreu de la Haskala, n’est pas satisfaisante parce qu’encore beaucoup trop inadaptée aux progrès fulgurants qu’elle n’imagine pas et qu’il lui faudra tout de même traduire.
L’Hébreu, peu à peu s’est installé, l’Hébreu a fait son trou. Il vit !
Et avec lui les couches superposées de vagues d’immigrants l’ont faite leur, comme les anciens la couleur de la langue, l’orthographe de la langue, SES spécificités …
Mais c’est à cet instant que l’on se sent le droit d’ajouter à la célèbre formule de Lavoisier: Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme « mais s’accorde le droit de mettre en avant un élément spécifique à un instant donné ».
Ainsi après la vague venue d’URSS, l’autre d’Ethiopie, voici celle de France qui reproduira le même parcours !
Et c’est ainsi que l’on voit des enfants parler très rapidement l’Hébreu grâce à leur nouvelle scolarité, ce que l’on appelle le « bilinguisme », tandis que leurs parents de continuer le français dans leur vie quotidienne.et s’y accrocher pour se rassurer peut-être ?
Bien évidemment si tous les hommes parlaient la même langue, on pourrait espérer qu’ils se comprennent un peu mieux. Espérer seulement. Alors qu’il est certain, si l’on en croit Laure Fitouchi, orthophoniste de son état, installée à Netanya : « Le fait d’être bilingue permet de passer plus facilement d’une information à une autre et  d’être plus flexible  pour changer son centre d’attention. Selon l’équipe de psychologues de l’université Bar-Ilan, cette capacité pourrait ainsi expliquer la plus grande souplesse mentale des enfants bilingues et les avantages intellectuels sur tout le cerveau. ‘’La découverte la plus surprenante de ces dernières années a été de constater que le bilinguisme retardait significativement  – de plus de cinq ans, en moyenne – l’apparition de la maladie d’Alzheimer’’, explique le Pr Bialystok. Comme si le cerveau gardait une certaine jeunesse grâce à la gymnastique mentale du changement de langue. »

Quand je vous disais que condamner la tour de Babel était peut-être une erreur ?

par Bely – Tel-Avivre –

Print Friendly, PDF & Email

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here