Tsahal doit retrouver toutes ses capacités de manœuvre

L’ancien Adjoint au Chef d’Etat-Major, le Général-Major Yaïr Naveh détaille ce qu’il considère comme des erreurs stratégiques dans l’Opération « Bordure Protectrice » à Gaza, durant l’été 2014. Exclusif.

La réalité change rapidement dans l’environnement et Tsahal – comme toutes les autres organisations – doit saisir l’occasion de ces changements dans le but de s’adapter, afin d’anticiper et de réagir aux actions des « organisations hybrides », qui n’ont rien à voir avec celles d’armées régulières.

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Général-Major Yaïr Naveh

D’un autre côté, Tsahal doit retrouver certaines de ses capacités de manœuvre et sa mobilité qui se sont dégradées de façon notoire, explique le Général-Major Yaïr Naveh, qui s’est récemment retiré du service actif, après avoir été candidat malheureux au poste de Chef d’Etat-Major, accordé au Général-Major Gadi Eizenkott, qui a remplacé le Lieutenant-Général Benny Gantz, en février.

Après son premier départ en retraite, il y a une dizaine d’années, le Général-Major Naveh a été rappelé en service actif, à la suite de la Seconde Guerre du Liban et il a occupé le poste  d’adjoint auprès de deux chefs d’Etat-Major : Gabi Ashkenazi et Benny Gantz. Au cours de ces deux dernières années, il a dirigé divers projets de Tsahal, avant de se présenter pour le poste de chef d’Etat-Major.

Naveh a passé le long de l’été, durant l’Opération « Bordure Protectrice » comme membre du comité de réflexion de Benny Gantz et à mener des conversations innombrables avec les commandants sur le terrain, à tous les niveaux. « Ma conclusion est qu’au cours de l’Opération Bordure Protectrice, notre incapacité à évaluer correctement les intentions de l’ennemi a constitué notre principale faiblesse », affirme Naveh. « Nous savions exactement où se trouvait n’importe lequel des terroristes, mais nous étions incapables d’évaluer ce que voulait vraiment le Hamas, ce qu’étaient ses lignes rouges, les coups qu’il acceptait et n’accepterait pas de recevoir et si cela le dissuaderait ou non de continuer à mener des actions, durant cette opération. Et c’est un fait que cette confrontation a duré 50 jours (NDLR : par indécision) ».

 « Je pense que nos organismes et outils d’évaluation sont problématiques et appellent à des changements radicaux. A présent, l’armée doit être déployée face à al Qaïda et l’Etat Islamique, aux Salafistes du Sinaï, contre les bouleversements qui se déroulent au Liban, où Daesh et le Jabhat al Nusra sont désormais presque aussi présents que le Hezbollah. La Division d’analyse des Renseignements ne peut pas adopter une attitude conservatrice. Elle doit être extrêmement souple et créative dans sa structure pour s’adapter aux évolutions sur le terrain. Au bout du compte, les progrès réalisés par la Division d’Analyse des Renseignements, au cours de ces dernières années, ont été et de loin, bien moins significatifs que les progrès enregistrés par les autres Divisions et certains vont même jusqu’à considérer qu’elle a reculé plutôt qu’elle n’a réellement avancé ».

Est-ce que le Chef d’Etat-Major voulait activer les plans opérationnels de Tsahal dans la Bande de Gaza qui avaient été mis sur pied bien à l’avance ?

 « Pas nécessairement. Je ne sais vraiment pas ce qui a bien pu transpirer entre le Chef d’Etat-Major et l’échelon politique, mais j’affirme que même la mission de devoir s’occuper des tunnels souterrains aurait dû être menée différemment, après que nous ayons quadrillé et découpé les divers secteurs de combats dans la bande de Gaza, après que nous ayons atteient et contrôlé la rive (de la Méditerranée) et poser une sérieuse menace à tous leurs centres de commandement et de gouvernement. Il n’y a qu’à ce moment-là qu’on aurait dû revenir en arrière et s’occuper des tunnels. Je n’ai jamais pensé que c’était juste d’opérer contre cette menace de façon frontale et large, en se cognant la tête contre les murs, sans ménager l’effet de surprise et les subterfuges ».

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Contraire aux principes-même de la guerre.

 « Si vous examinez l’activité de destruction des tunnels, en fonction des principes de la guerre, on ne réussit même pas à répondre au moindre de leurs paramètres », poursuit Naveh. « Aucun effet de surprise, aucune concentration de l’effort, aucun phasage dans l’enchaînement des différentes séquences d’intervention ni de continuité – presque rien. Il est possible que si nous avions fait les choses selon ma méthode, les résultats auraient été pires, mais je prétends, quoi qu’il en soit, que cette approche aurait dû être tout-à-fait différente.

 « De mon point de vue, l’Opération Roc Inébranlable (Bordure protectrice) a rencontré deux problèmes fondamentaux : un premier problème est né du fait d’une information qui a fuité, à partir d’une réunion du cabinet de sécurité, selon lequel Israël n’avait pas réellement l’intention de vaincre définitivement le Hamas, mais seulement de le dissuader d’attaquer. A partir de ce moment-là, Israël a, en fait, offert l’immunité au Hamas. Cela reviendrait à dire à un boxeur : « Ecoutes bien, petit, tu montes sur le ring, tu vas te prendre un maximum de coups, mais t’inquiètes pas, ça n’ira pas jusqu’au K.O, et quand tu descendras du ring, on te versera 50.000 $ ». Le Hamas, pour sa part, est allé prendre les 50.000 $ de récompense – Les négociations du Caire, et pour atteindre ce point-là, il était parfaitement d’accord de faire payer son peuple et notre peuple. Dès que vous ne parvenez pas à menacer l’autre et lui faire comprendre qu’il va perdre l’équilibre, de manière décisive, perdre les atouts les plus vitaux d’une organisation terroriste, à savoir : son existence même, vous le préservez à l’intérieur d’un périmètre d’immunité.

Dès lors que l’objectif final du Hamas n’était pas un combat à mort entre eux et nous sur le terrain, mais s’associait aux problèmes entre le Hamas et l’Autorité Palestinienne et l’Egypte, la dissuasion perdait sa pertinence. Hamas voulait réaliser ses objectifs au Caire, pas sur le champ de bataille, et du coup, il était prêt à payer n’importe quel prix qui lui permettrait d’y arriver.

Gaza under attack, 26.7.2014

 « Maintenant, au regard de cette façon de voir, les gens me demandent ce qui s’est réellement produit le 50ème jour, lorsqu’un cessez-le-feu a été conclu, au bout du compte. Ma conclusion, c’est que le cessez-le-feu est la conséquence de la convergence de plusieurs facteurs.

1) Le Hamas avait atteint un point très bas dans ce qu’il lui restait dans son inventaire (arsenal).

2) Il existait une grave controverse entre le cercle dirigeant interne (local) du Hamas et ses Chefs à l’étranger. Les chefs de l’intérieur voulaient démontrer que c’était leur parole qui comptait. En même temps, un dialogue raisonnable commençait à s’installer et à mûrir au Caire, et c’est ce qu’ils cherchaient. De notre point de vue, je pense que le point de départ de cette opération était problématique, autant sur le plan de la logique que sur le plan militaire.

 « Le second problème crucial de l’Opération, c’était la question consistant à savoir quel genre d’opération nous voulions exactement. C’est le reflet en miroir du problème précédent, dès que nous avons décidé de mener une guerre dissuasive, persuadés que si nous grimpions encore un barreau de l’échelle, on conduirait le Hamas à arrêter le combat, alors qu’évidemment, c’était plutôt futile.

 « Alors qu’à mon avis, nous n’avons pas réussi à comprendre tout le panorama que nous offraient les renseignements – au cours de presque chaque réunion en soirée, il y avait ceux qui disaient : « Ecoutez, demain nous obtiendrons le cessez-le-feu » – une situation est apparue, où le Chef d’Etat-Major n’avait pas les moyens de dire avec précision si le Hamas « était arrivé au point de rupture », alors qu’il était prêt à sacrifier tout ce qu’il avait pour obtenir quelque chose au Caire. Aussi, je pense qu’on aurait dû mener une opération visant la chute de cette organisation, ou, en tout cas, nous aurions dû uniquement opter pour l’emploi d’un déluge de feu le menant à l’impasse ».

 « L’échec à comprendre le Hamas, d’une part et d’offrir l’immunité au Hamas au lieu de lui assurer sa chute, d’autre part, a mené à une situation où toute notre activité ressemblait à tenter de visser un boulon dans un trou qui n’est pas fait pour lui. Le trou est trop petit, beaucoup de copeaux d’aluminium se répandent un peu partout, mais on ne parvient pas à visser le boulon à l’intérieur ».

Comment se fait-il que Tsahal a mené une opération de pas moins de 50 jours, malgré le fait que les commandants de Tsahal avaient dit, de façon répétée, un peu partout, y compris dans des interviews dans les médias, que dans toute opération à venir, Tsahal chercherait à exécuter une manœuvre « raide et meurtrière » ? En effet, l’armée  a opté pour une guerre de harcèlement…

 « C’est un point tout-à-fait essentiel », dit Naveh. « Ce n’est pas moi, mais David Ben Gurion lui-même, à l’époque, qui avait affirmé que l’un des principes de la doctrine de défense nationale d’Israël était de transférer le combat réel aussi vite que possible sur le territoire ennemi, avec le but de réaliser un déséquilibre des forces aussi vite que possible, du fait des implications économiques et de bien d’autres considérations.

 « Qui plus est, des mois avant l’Opération Bordure Protectrice, nous nous sommes assis pour des discussions avec le gouvernement précédent, auxquelles j’ai participé, et avons évoqué le fait de mener une guerre brève et l’ancien Ministre de la Défense, Ehud Barak, continuait de prêcher à notre attention que nous devions faire en sorte que la guerre soit de courte durée – aussi proche possible d’une configuration d’un tout petit nombre de jours – du fait de l’implication des dégâts causés au secteur de l’arrière.

 « Généralement, il était clair que nous devions faire en sorte de mener une guerre de courte durée, plutôt que de la prolonger, entre autres raisons – à cause des implications liées à la légitimité internationale, du contrôle des stocks et ainsi de suite. Aussi avons-nous mené ces discussions avec le gouvernement, pris des décisions rationnelles et conscientes de la nécessité de réduire certains stocks d’armes, du fait de problèmes de budget, en se fondant sur le principe que la guerre resterait de courte durée et c’est bien sous cet angle que nous nous sommes lancés dans cette opération.

 « Je pense qu’une nouvelle conception politique s’est mise en place et l’armée n’a pas adapté ses plans ni ses stocks pour s’y préparer, pas plus que son état d’esprit. Ce qui s’est réellement déroulé était le contraire de ce à quoi Tsahal s’était préparé, au cours de ces dernières années. C’est au cours de l’opération  qu’ils nous ont dit, en fait, que nous options pour une guerre de harcèlement. »

Est-ce que cela pourrait être la conséquence de l’énorme succès du système Dôme de Fer, qui a permis de relâcher la pression sur le front intérieur ?

 « Cela en a, indubitablement, fait partie. Le système Dôme de Fer a fourni une relative liberté à la chaîne de décision, mais mon avis concerne le principe même de choisir le harcèlement (qui a peut-être été un choix exact), sauf pour une chose : si vous voulez modifier la conception des opérations de l’armée de façon aussi radicale, vous devez tenir des discussions structurées avec le gouvernement, décider des implications que cela pourrait avoir et vous préparer conformément à cette autre stratégie, et pas se lancer du jour au lendemain dans une opération de 50 jours, par surprise ».

Le processus de concentration des forces de Tsahal

Le Général-Major Yair Naveh redevient un civil pour la seconde fois de sa vie. Il a 57 ans, six petits enfants et il réside actuellement à Zikhron-Ya’acov, après avoir quitté son précédent domicile à Givat-Shmuel, à la suite de manifestations devant sa maison et après avoir enduré l’attitude hostile de ses voisins, y compris à la synagogue locale, au cours de son mandat en tant que Commandant du Commandement Central de Tsahal. Entre sa première levée de ses fonctions militaires et son retour dans l’armée,Naveh a occupé, entre autres positions, celle de PDG de la corporation du tramway de Jérusalem, qui a été créée à cette époque.

 « Si c’était possible, j’aurais recommandé à tout adjoint au chef d’Etat-Major d’être diplômé de l’administration commerciale et d’entrer dans ce bureau après avoir passé un peu de temps dans la vie civile, car cela change votre point de vue pour un certain nombre de raisons », déclare Naveh.

 « Le point de vue militaire est différent, en tant que règle, de la façon de voir des civils, puisque dans la vie civile, vous devez gagner de l’argent et pas seulement en dépenser et que cet argent que vous employez à payer vos salariés ne vous arrive pas automatiquement. Au-delà de cela, votre engagement à réaliser des performances dans la vie civile est réel et ne dépend pas de votre connivence avec le bureau politique. Lorsque vous dirigez une société civile, on ne vous évalue que grâce à vos résultats sur le terrain et vous en arrivez à comprendre autre chose qui n’est, généralement pas bien compris dans l’armée, la dimension du temps, est en fait, la ressource primordiale.

 « Dans l’armée, paradoxalement, alors que le temps passe et que rien ne se produit, vous êtes content, alors que dans la vie civile, si le temps passe et que rien n’arrive, cela veut dire que vous avez échoué. Dans la vie civile, vous prenez conscience que le temps de vos salariés, aussi, est précieux et vaut de l’argent et qu’une culture d’entreprise faite de longues attentes, simplement parce que quelqu’un a été retenu à une réunion, finit par coûter beaucoup d’argent à l’organisation ».

Pensez-vous que Tsahal a réussi à s’adapter suffisamment aux caractéristiques changeantes sur le champ de bataille et au fait que la majeure partie des forces militaires régulières autour de nous se sont désintégrées ?

 « Je pense que c’est la question n°1 que doit se poser le nouveau Chef d’Etat-Major, comme ça l’était pour le précédent. Lorsque vous devez concevoir la structure d’une armée, vous devez déterminer, quels éléments constituent, en fait le plus grand pot qui contient tous les autres pots, ce qui représente la préparation efficace qui permet toutes les options secondaires. Je me suis fermement opposé à la réduction des activités d’entraînement depuis 2013. Ces réductions n’étaient pas imposées uniquement pour des raisons économiques ».

Selon le Général-Major Naveh, une éventuelle confrontation avec le Hezbollah est la menace la plus significative à laquelle nous devons nous préparer.

« L’armée devrait être plus disciplinée, de façon à ce que l’adjoint au chef d’Etat-Major et le Chef de la Division de Planification puissent réviser les éléments permettant de renverser l’équilibre et les améliorer, au lieu que chaque branche cherche à améliorer ses propres capacités ».

Est-ce que la portée des menaces qui nous sont opposées se réduisent ou augmentent avec le temps ?

 « Elles ont été réduites. On requiert de nous de posséder de moindres capacités associées avec la mobilisation de forces massives ou des défenses anti-aériennes contre des avions ennemis et nous sommes confrontés à bien moins de défenses anti-aériennes de la part de l’ennemi. Les confrontations aériennes ne sont pas un problème auquel nous avons eu affaire depuis bien longtemps, maintenant et, en mer, nous ne sommes pas confrontés à des flottes ennemies vraiment conséquentes, ce qui veut dire que la Marine de Tsahal n’a plus besoin d’adhérer à sa conception des frégates dotées de missiles. Par conséquent, du fait des contraintes économiques, j’aurais tenté de forger un concept opérationnel concernant le principal scénario (dans le nord), en supposant qu’il comprend les scénarios secondaires dans la Bande Gaza et ailleurs ».

Qu’en est-il de l’éventualité que l’Iran devienne un Etat nucléaire ?

 « L’Iran sera un Etat du seuil d’acquisition nucléaire et, en ce qui me concerne, il n’y aucune différence entre un Etat du seuil et un Etat nucléaire, puisque dès qu’il devient un Etat du seuil nucléaire, vous devez déjà investir toutes les ressources requises dans le but de faire face à cette menace, dans l’éventualité qu’ils décident d’obtenir la bombe dans l’année à venir et l’Occident devra investir toutes ses ressources requises et être encore plus aimable envers eux de façon à ce qu’ils ne se mettent pas à la fabriquer. Cela leur fournit tous les avantages liés à une superpuissance nucléaire sans en avoir tous les inconvénients ».

Sur le front palestinien, anticipez-vous l’accroissement des attaques terroristes et les gestes négatifs faits par Abu Mazen ?

 « Je pense qu’il n’y a pas de relations entre les activités menées contre le terrorisme et les processus diplomatiques, comme les négociations. Au contraire, historiquement, à chaque fois que nous avons été engagés dans des négociations, l’activité terroriste s’est intensifiée, puisque c’était dans l’intérêt des terroristes de faire obstruction au processus. La guerre antiterroriste doit être active et déterminée.

Selon mon approche, le secteur de Judée et Samarie est une zone pavée de charbons ardents, aussi vous ne pouvez pas faire référence à ces braises comme s’ils étaient situés dans une bande de sable. Chacune de ces braises peut se changer très rapidement en incendie. On doit jeter une couverture dessus très rapidement et avec force, pour empêcher de nouvelles violences et une escalade – voire déployer de plus en plus de bataillons après chaque incident. La force excessive réduit la violence, plutôt qu’elle ne l’intensifie. Le proche avenir sur ce front est loin d’être simple. Il y a des braises brûlantes à cet endroit et la mission la plus pertinente au cours de cette période est d’éviter des pertes humaines au cours des émeutes, en mettant l’accent sur une tentative d’éviter qu’il y ait des adolescdents blessés, alors que c’est l’élément primordial d’inflammation.

 « Je pense que s’il devait se tenir des élections en Judée-Samarie, dans un avenir proche, le Hamas l’emporterait, aussi notre intérêt reste de maintenir une Autorité Palestinienne forte qui bloque encore le Hamas et on n’a même pas besoin d’épiloguer à ce sujet. La seule alternative à l’Autorité, c’est le Hamas, et pas le chaos et on doit l’éviter ».

Rétrospectivement, le cyberespace a-t-il justifié qu’on l’ait envisagé comme la nouvelle zone de combat de l’avenir ?

 « J’ai toujours maintenu l’idée qu’on fait beaucoup de battage autour du sujet du cyberespace. Il y a deux ou trois ans, j’ai affirmé que nous disposions d’une fenêtre d’opportunité, puisque ce domaine restait relativement libre d’accès pour tous. Puisqu’il n’y a pas de Convention de Genève pour le cyberespace, j’étais partisan d’une activité offensive sur le cyberespace.

 « En ce qui concerne l’activité défensive, mon avis est que dans ce domaine, la locomotive essentielle n’est pas l’armée, mais les systèmes civils qui disposent de l’incitation économique pour protéger de telles organisations, comme les banques, les compagnies d’assurance et ainsi de suite.

 « J’ai affirmé, de plus, que contrairement à ce que disent les gens, au cours d’une guerre, la ligne de défense subira toujours des brèches. Dans le cyberespace, cela ne se passe pas comme ça. Si votre défense est structurée, efficace et professionnelle – vous finirez par stopper les hackers. Ce ne sont pas les mêmes règles qui sont en jeu. Cela n’a rien à voir avec la concentration des efforts ou avec l’emploi de subterfuges. La bonne pratique consiste, ici, à agir professionnellement. Selon mon point de vue, c’est que le temps d’ouverture cette fenêtre d’opportunité, jusqu’à ce qu’on trouve des défenses hermétiques, est compté. Alors que le spectre d’une défense civile s’élargit, les capacités d’offensive sont bloquées de façon plus efficace. Il n’y a encore que lorsque vous êtes une superpuissance que vous avez des capacités offensives ».

Vous ne pensez pas que le cyberespace constitue une nouvelle zone de combat, à la façon dont l’espace aérien a évolué au tournant du dernier siècle ?

 « A mon avis, non ».

Qu’en est-il des Forces Aériennes d’Israël ? Pensez-vous qu’elles jouissent d’un statut privilégié dans le cadre du déploiement des forces de Tsahal ?

 « Je pense qu’elles devraient bénéficier d’un statut privilégié. De mon point de vue, Tsahal, ce sont les forces de défense d’Israël, l’IAF est aussi une carte maîtresse de réserve pour l’Etat d’Israël et, à beaucoup d’égards – un atout pour l’ensemble du peuple juif tout entier.

 « Lorsqu’on parle de facteurs de force et de dissuasion, on ne compte pas les brigades d’infanterie. Ce qui compte, ce sont les tanks, les avions, les navires de surface et les sous-marins. Il est bon que les quantités réelles que nous possédons ne soient pas du domaine de connaissance publique, autrement nous serions embarrassés. Je reste continuellement surpris par la notion même qui consisterait à diminuer l’OrBat, y compris le nombre d’avions, lorsque vous envisagez tout cela dans une perspective nationale ».

Mais le nombre de tanks de Tsahal a été significativement réduit,, ces deux dernières années…

 « A mon avis, ils les ont réduit bien plus que nécessaire. Lorsque j’étais adjoint au Chef d’Etat-Major,j’ai développé un concept disant : « Mettons les vieux tanks à la casse –et intégrons les neufs », avec le temps, ils l’ont modifié par « Débarrassons-nous des vieux modèles – même si les nouveaux ne sont pas encore disponibles ». Aussi il s’avère que Tsahal est actuellement trop court de’une à deux birgades de tanks. Au bout du compte, il faudra réinstaurer ces deux brigades ».

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