Cette semaine : La rue Léon Pinsker

On ne peut s’intéresser réellement au sionisme sans entendre parler de Léon Pinsker. Né en Pologne en 1821 et mort en 1891, ce médecin et militant est, bien avant Herzl, l’auteur d’un livre sur l’Etat juif. En 1882 en effet, soit une quinzaine d’années avant Herzl, il écrit Auto-émancipation.
Alors qu’ Herzl n’a encore pas la moindre idée de ce qui se joue à l’est de l’Europe, et déjà, en terre d’Israël, Léon Pinsker développe dans son livre certains des thèmes majeurs du sionisme naissant, dont la création d’un État indépendant. Pinsker devint alors l’un des fondateurs et président, avec Moïse Lilienblum, du groupe des Amant de Sion, Hovevei Zion (ou Hibat Zion), dont les premiers pionniers ont fondé la ville de Rishon le-zion.

IMG_2723Pourtant Léon Pinsker a d’abord été un militant pour l’intégration des Juifs russes dans l’empire russe, en créant notamment la Société pour la promotion de l’instruction qui encourage l’apprentissage de la langue russe. Avant de devenir sioniste, Pinsker fut en effet un militant de la Haskala et de l’assimilation. Mais les pogroms d’Odessa de 1871 puis ceux de 1881 l’ont vite fait changer d’avis. Dans son livre, Léon Pinsker envisage un Etat pour les Juifs, mais la terre d’Israël n’en est pas encore le lieu unique envisagé. Beaucoup de Juifs immigrent à l’époque aux Etats-Unis et il pense d’abord à l’Amérique du Nord. Mais il en vient très vite à la conclusion, avec son ami Moïse Lilienblum, que la haine des Juifs est fondée sur le fait qu’ils sont des étrangers partout sauf dans leur patrie d’origine, la Terre d’Israël.

En 1890, les autorités russes approuvent la création de la « Société pour le soutien des agriculteurs et des artisans juifs de Syrie et de Palestine », qui se consacre aux aspects pratiques de la création d’implantations juives agricoles. Pinsker est la tête de cette organisation caritative, connue sous le nom de comité d’Odessa. Mais des désaccords éclatent entre les différentes factions du comité, entre juifs religieux et laïcs, le mouvement connaît une crise interne, c’est l’époque où les implantations soutenues par le baron de Rotschild ne tiennent plus. Par ailleurs, à partir des années 1890, l’Empire ottoman qui occupe le territoire d’Israël limite voire interdit l’immigration juive. A la fin de sa vie, il doute que puisse se réaliser un Etat juif en Israël, il meurt en 1891 à Odessa, il n’a pas connu la suite du mouvement sioniste, il n’a pas connu Herzl, il n’a évidemment pas connu l’Etat d’Israël.

pinskerEn 1934, ses restes ont été amenés à Jérusalem et inhumés dans la grotte de Nicanor à côté du Mont Scopus. Le moshav Nahalat Yehuda, désormais un quartier de Rishon LeZion, porte son nom, ainsi que plusieurs rues dans plusieurs villes en Israël.

Tel Aviv a la sienne.
Sans rien avoir de particulier c’est une rue très centrale, qui relie le kikar Dizengoff au bas de la rue Allenby. La rue Pinsker est surtout résidentielle, on y trouve en outre de beaux appartements relativement calmes et agréables à vivre mais à des prix qui ne sont pas donnés à tous. Au croisement de la rue Bograshov on trouve quelques lieux pour se restaurer le midi. Un peu plus loin vers Allenby, se trouve le café Sukar, qui signifie Sucre. Au cours de l’année une crêperie avait ouvert sur la rue Pinsker, elle a toutefois fermé après quelques mois, sans succès. A noter que la rue Pinsker passe à quelques mètres du cimetière Trumpeldor où sont enterrés de nombreuses personnalités historiques du pays.

L’auteur d’Auto-émancipation fut un militant pour l’émancipation des Juifs toute sa vie, il serait sans doute heureux de voir qu’aujourd’hui, rue Pinsker à Tel Aviv, les Juifs vivent en toute indépendance, dans le calme et la sérénité.

Misha Uzan – Tel-Avivre.com – StreetConnecSion 

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