Cette semaine : rue Ahad Ha’am

Ahad Ha’am signifie l’un du peuple. Ce fut le pseudonyme qu’utilisa Asher Hirsch Ginsberg, pour ses écrits, et qui lui colla à la peau.

Né en 1856 dans l’ancien empire russe, Asher Hirsch Gingsberg fut le grand penseur de ce qu’on a appelé le sionisme culturel, par opposition au sionisme politique de Theodore Herzl. Il fut, en termes d’image, mais aussi de pensée, l’un des plus grands, peut-être le plus grand concurrent d’Herzl, de son temps.

 Mais Ahad Ha’am précéda Herzl dans sa démarche. Membre et leader des Amants de Sion, un mouvement d’implantation juive née en 1881, il n’en critique pas moins le sionisme pratique dès 1889 dans un article appelé « Lo ze haderekh » (Ce n’est pas la [bonne] voie), parue dans le journal Hamelitz. C’est l’année où il crée le groupe des Bnei Moshé (Les fils de Moshé) à Rehovot, qui cherche à améliorer l’éducation en hébreu et à mettre en place un plus large public pour la littérature hébraïque, et à aider les implantations juives.

 Huit ans plus tard, lors du premier congrès sioniste à Bâle en Suisse, qui appelle à la création d’un foyer juif sur la terre d’Israël et qui constitue la percée de ce qu’on appelle le sionisme diplomatique ou institutionnel, par opposition au sionisme pratique des implantations, Ahad Ha’am critique sévèrement, dans un article intitulé « Etat juif, problème juif » l’idée qu’on puisse réunir la totalité des Juifs en Israël. Selon lui, même si l’Etat juif est créé et reconnu par le droit international et le concert des nations, il serait faible et non durable. Et selon lui, les implantations juives de l’époque, en particulier celles financées par le baron de Rotschild, sont vouées à l’échec.

 C’est pourquoi il adopte l’idée d’une diffusion de la culture juive dans la Diaspora comme un outil pour promouvoir les objectifs du mouvement sioniste et provoquer un renouveau du peuple juif. Critique envers le sionisme de Rotschild, il le fut aussi envers le sionisme d’Herzl. Figure charismatique et talentueux négociateur qui a participé aux luttes historiques majeures du pays comme la « guerre des langues » de 1913-1914 pour que l’hébreu soit la langue d’enseignement du Technicon (devenu plus tard Technion) ou comme la déclaration Balfour de 1917, Ahad Ha’am incarne le sionisme culturel pour lequel Israël ne peut être qu’un centre culturel et spirituel pour l’ensemble des Juifs mais sans devenir l’Etat de la quasi-totalité des Juifs. Pour Ehad Ha’am, la présence d’une forte diaspora et son aide politique, financière voire culturelle, reste nécessaire et essentielle.

Au fond, l’affrontement entre le sionisme pratique, le sionisme politique diplomatique et le sionisme culturel d’Ehad Ha’am, est toujours d’actualité, les trois opérant souvent en même temps en Israël. On pourrait même pousser l’analyse plus loin en affirmant que le sionisme culturel d’Ahad Ha’am a connu et connaît encore une forte popularité, dans sa conception, à Tel Aviv même. Car selon certains philosophes, intellectuels et historiens israéliens, on peut trouver dans la pensée d’Ahad Ha’am (mais aussi chez Martin Buber) les prémisses de ce qu’on appellerait aujourd’hui le post-sionisme. Aussi il est particulièrement intéressant de constater que la rue Ahad Ha’am longe la grande et célèbre avenue de Rotschild, et que la rue Herzl commence au croisement de la rue Ahad Ha’am. Comme si physiquement, à Tel Aviv, Ahad Ha’am était matérialisé à la congruence des deux hommes.

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Par ailleurs, Ahad Ha’am est aujourd’hui moins connu qu’Herzl ou que le baron de Rotschild. Il en est de même pour sa rue. Elle reste pourtant une rue majeure du quartier Lev Ha’ir et il s’agit de l’une des plus anciennes rues du centre historique de Tel-Aviv.

Ahad Ha’am y a lui-même vécu jusqu’à sa mort en 1927.

Elle commence dans le quartier Shabazi à l’ouest et se termine au coin nord-est de l’avenue Ben Zion. Parallèle à l’avenue Rotschild, elle en est un peu l’arrière cour. Certains restaurants y sont très agréables et moins bruyants qu’à Rothschild  et bénéficient tout autant des tours d’affaires. Dans le sud de la rue Ahad Ha’am se trouve aussi la bourse de Tel Aviv, un point central de la rue, de la ville et du pays. Et à l’autre extrémité, côté nord, elle débouche sur le nouveau théâtre Habima et sa nouvelle magnifique place.

C’est aussi une des premières rues de la ville puisqu’elle fut créée en 1909, à sa fondation, par la société Ahouzat Bait. Elle était alors la rue la plus au nord qui croisait la rue Herzl, la principale rue de Tel Aviv à ses débuts. C’est à ce croisement, au bout d’Herzl, que fut construit, le nouveau gymnase hébreu « Herzliya ». Ce fut autrefois l’un des lieux de réunions des chefs de la municipalité. Il fut transféré rue Jabotinsky par la suite et détruit en 1965 pour laisser place à la tour Shalom, la première grande tour d’Israël. La maison historique d’Ahad Ha’am, au numéro 11, à côté du gymnase, fut détruite elle aussi.

En face se trouvait aussi la maison d’ Akiva Arieh Weiss, et celles de nombreuses familles fondatrices : Hareri, Cohen – Shatsky, Sarah et Joseph Azaria, Mizrahi, Pollack, Litvinsky, Gilutz et Adler.

La partie sud de la rue est encore aujourd’hui caractérisée par ses vieilles maisons qui datent de la période de construction de Tel Aviv, tandis que le centre et le nord de la rue comprennent des bâtiments de style Bauhaus des années 30, certains rénovés et parfois magnifiques, d’autres non, et des bâtiments neufs.

 Ahad Ha’am est une longue rue branchée de Tel Aviv, elle croise Herzl et Sheinkin, elle débouche sur le sud d’un côté, tout près de Neve Tzedek, sur le centre de l’autre, tout près de Dizengoff et elle longe le célèbre boulevard de Rothschild

 Tel-Avivre – Street Connec Sion – Misha Uzan 

 

 

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