Beaucoup de gens connaissent la fameuse et formidable phrase de Golda Meir « Nous pouvons pardonner aux arabes de tuer nos enfants mais nous ne pouvons pas leur pardonner de nous forcer à tuer les leurs. »

Mais saviez-vous que Golda avait toujours les mots justes et lorsqu’elle rencontra Paul VI le 16 janvier 1973 au cours d’une audience qui dura une heure et demie, elle en fit de nouveau la preuve. Cette femme qui ne s’étonnait de rien fut « énormément impressionnée à la fois par le Vatican et davantage encore par la personne du pape. Celui-ci attaqua de front la juive qui se présentait devant lui, en lui reprochant la « brutalité » des juifs envers les Arabes, eux qui avaient tant souffert de la violence des nations.

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Golda était à Paris quand cette audience imprévue lui fut fixée. Elle avait alors remué ciel et terre pour faire venir de Jérusalem son chapeau préféré qu’elle voulait porter devant le souverain pontife, apprenant que le protocole l’exigeait. Mais en entendant les premières paroles de Paul VI, elle faillit perdre de fureur son couvre-chef.

Au lieu de dire au pape que la peine de mort n’existait pas en Israël, et que les brutalités juives se bornaient à contenir celles des agresseurs arabes, elle avança d’une voix tremblante : « Votre Sainteté sait-elle quel est mon souvenir d’enfance le plus lointain? C’est l’attente d’un pogrome à Kiev. Permettez-moi de vous assurer que notre peuple sait réellement à quoi s’en tenir sur la vraie « brutalité ». Quand à la charité, il a appris à la reconnaître réellement quand les nazis le traînaient vers les chambres à gaz ». Ému  Paul VI se contenta de regarder dans les yeux, longuement, cette femme qui parlait, au nom d’Israël de tous les temps, à ce pape qui entrouvrait sa porte et peut-être son coeur, au témoignage d’un peuple ressuscité.

Extrait du livre « La reconnaissance » d’André Chouraqui

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