Elles n’étaient pas plus d’une vingtaine mais personne ne pouvait les manquer. Vêtements bariolés, avec des masques et des cagoules, portant une bannière ornée d’une obscénité, la toute petite manifestation de Tel-Aviv en solidarité avec les Pussy Riot de Russie m’a surpris.

Cela semble étrange pour les Israéliens, en proie à la menace de guerre avec l’Iran, aux défis énergétiques majeurs, aux soucis économiques qui n’en finissent pas, de prendre le temps de manifester en faveur des Pussy Riot, trois petites punkettes qui revendiquent des libertés dans un pays ou il n’y en a pas beaucoup : la Russie. Pleines de courages, elles ont joué une chanson politique dans une cathédrale à Moscou et font maintenant face à une peine de prison importante. Alors, faut-il vraiment aller dans les rues et porter des masques de ski rouge pour les soutenir ? Pourquoi leur sort devrait-il faire partie de nos considérations ?

Nous avons été si fortement endoctrinés à ne regarder que nos problèmes locaux que la lutte mondiale nous déroute, mais la nature même des luttes mondiales, c’est qu’elles s’unissent de nombreuses questions qui sont pertinentes à de nombreux endroits. La chanson qui a mis en difficulté les Pussy Riot était une prière pour que Vladimir Poutine démissionne. Et cette prière contre les super-pouvoirs de Poutine sont semblable à celles que nous, Israéliens mais aussi citoyens du monde, faisons tous les jours contre tous les politiciens corrompus. Et ce n’est certainement pas un hasard si l’un des manifestants de Tel-Aviv portait un masque aux couleurs du drapeau palestinien: il faut dire qu’en matière de corruption, ils sont plutôt balèzes à Ramallah et à Gaza.

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En effet, sous Poutine, la Russie est devenue un modèle d’autoritarisme post-moderne, le genre qui se dissimule habilement derrière le drapeau de la démocratie. Les dissident russes sont confrontés à des structures de pouvoir, de mensonges, de désinformation et d’infractions de la liberté d’expression. d’une insolence extrême. Et le Poutinisme n’est guère limité à la Russie : il n’y a qu’à voir les résultats du « printemps arabe »…

L’affaire des Pussy Riot est peut être la confrontation la plus importante avec les autorités dans l’histoire du rock. Jim Morrison a peut être été arrêté pour exhibitionnisme et Keith Moon a dû payer pour une voiture qu’il conduisait dans une piscine, mais peu d’événements de plus grande ampleur ont été enregistrés. Que l’on trouve leur musique agréable ou pas, les paroles des Pussy Riot prouvent que la politique appartient aussi aux musiques populaires et aux artistes engagés.

Pour l’amour de la démocratie, nous devons soutenir les Pussy. Riot Pour l’amour de la musique, nous devons soutenir les Pussy Riot. Pour l’amour de l’égalité entre les sexes, nous devons soutenir les Pussy Riot. Pour l’amour de nos voisins du nord, les Syriens, qui sont abattus en permanence par leur régime à l’appui du Kremlin, nous devons faire preuve de solidarité avec ces jeunes musiciens. Merci aux manifestants anonymes de Tel-Aviv de m’en avoir fait prendre conscience.

Par Agnes Bar-Zvi – JSSNews

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