Les archéologues de l’Université de Tel Aviv ont découvert comment les hommes préhistoriques dépeçaient les éléphants

Une étude réalisée pendant trois ans par une équipe internationale de chercheurs sous la direction du Dr. Flavia Venditti et du Prof. Ran Barkai du Département d’archéologie et des cultures de l’Ancien Orient de l’Université de Tel-Aviv, et portant sur 107 minuscules éclats de silex datant de 300 à 500 000 ans découverts sur le site préhistoriques de Revadim au centre-sud d’Israël, montre que les premiers hommes utilisaient de minuscules outils recyclés pour le découpage précis des grands animaux, tels que les éléphants. Selon les chercheurs, l’étude, réalisée par des moyens technologiques avancés, témoigne des capacités cognitives et des aptitudes d’adaptation des premiers groupes humains du Levant…

. Crédit photo: Dr. Flavia Venditti et Prof. Ran Barkai.

Ses résultats ont été publiés le 10 septembre dans la revue Scientific Reports du groupe Nature.

D’après les archéologues, les analyses au microscope des minuscules éclats de silex et des résidus organiques identifiés dessus, montrent qu’il ne s’agit pas de débris résultant de la production d’outils plus grands, mais bien du résultat d’un processus intentionnel et délibéré de recyclage d’outils existant, et qu’ils étaient utilisés par les habitants du site pour un découpage quasi-chirurgicale des éléphants et autres animaux. « Il s’agit d’analyses innovantes d’anciens silex de la période paléolithique inférieure, comprenant des observations microscopiques des marques d’usure (tracéologie ou analyse fonctionnelle) et des résidus organiques », explique le Prof. Barkai. « Nous recherchions en fait des signes d’abrasion, de cassures, de rayures et même des résidus organiques restés dans les replis des éclats de silex, et ce dans le but de comprendre à quoi ils servaient ».

La boite à outils des anciens humains

Le site de Revadim, situé entre la ligne montagneuse centrale d’Israël et la plaine côtière sud, est rattaché à la période de l’homo erectus et à la culture acheuléenne, qui prévalait encore en Afrique, en Europe et en Asie jusqu’à il y a 150 000 ans, et était caractérisée par la production standard d’outils de pierre méticuleusement façonnés, tels que les hachereaux et les bifaces utilisés principalement pour le dépeçage des grands animaux. Il est important de noter que l’homme primitif dépendait de la viande et en particulier de la graisse des animaux pour son existence. C’est pourquoi il lui était primordial de dépecer les gros animaux avec soin afin d’en produire toutes les calories possible. Le Prof. Barkai et son équipe ont déjà retrouvé dans le passé, à la fois des traces d’utilisation et des restes organiques sur les gros outils, parfaitement conservés, découverts sur le site de Revadim. Aujourd’hui, pour la première fois, ils montrent que les minuscules éclats retrouvés sur le site avaient eux aussi une utilisation importante, et qu’ils étaient délibérément récupérés à partir de plus gros outils en pierre, inutilisés et abandonnés.

« Nos résultats montrent pour la première fois l’utilisation de ces minuscules éclats d’une taille de trois centimètres tout au plus « , explique le Prof. Barkai. « Il s’agit d’outils fabriqués au cours d’un processus de recyclage, les anciens humains prenant des objets en silex hors d’usage et les recyclant à d’autres fins. Pendant des décennies, ces minuscules éclats n’ont pas attiré l’attention des archéologues, qui s’attachaient surtout à l’étude des gros outils de pierre décorés, ciselés, travaillés et impressionnants. Nous montrons ici que les éclats de silex sont eux aussi des instruments délibérément fabriqués qui occupaient une place importante dans la boîte à outils des anciens humains ».

Après une étude de trois ans et des analyses au microscope de centaines de minuscules éclats de silex provenant du site de Revadim, les chercheurs en ont retrouvé 107 présentant des signes de leur utilisation pour le dépècement des animaux. Outre les traces d’érosion, 11 des 107 éclats portaient également des résidus organiques, principalement d’os, mais également de tissus biologiques. Des expériences menées avec des copies de ces outils archéologiques réalisées pour la circonstance, ont montré que ces petits éclats étaient très efficaces pour effectuer des travaux de coupe délicats et précis, et qu’ils ne servaient que pendant une période très courte. Apparemment, les petits outils étaient utilisés à des étapes spécifiques de la découpe, qui nécessitaient des opérations précises, telles que la séparation des tendons. On peut supposer qu’ils servaient à côté des outils plus grands pour dépecer les animaux sur le site, entre autre pour le dépeçage des éléphants, principale source de nourriture à Revadim.

Une conscience élevée de l’environnement

« L’image que nous avons des humains primitifs est celle de créatures grossières et maladroites s’attaquant aux animaux avec de gros outils de pierre, qui engloutissaient tout ce qu’ils pouvaient avaler, et allaient dormir après s’être remplis l’estomac. En fait, le processus de dépeçage était beaucoup plus complexe que nous ne le pensions. Les minuscules éclats étaient de petits outils chirurgicaux créés et utilisés spécialement pour la découpe délicate et précise des parties spécifiques du corps de l’éléphant dans le but d’en tirer toutes les calories possible, ainsi que le découpage de parties comme les tendons et la peau. Ces actes reflètent une culture complexe, précise, réfléchie et environnementale. Je suis certain que les humains de l’époque avaient une conscience élevée de l’environnement. Ils recyclaient leurs outils bien avant nous et ne gaspillaient pas la nourriture comme nous le faisons. En fait, ils ne gaspillaient rien. Je suis pour ma part persuadé que c’est cette pensée écologique qui a permis aux anciens humains de prospérer pendant des milliers d’années « .

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