La plate-forme de VOD Netflix propose depuis vendredi dernier le documentaire « One of Us » (traduit en français par « l’Un des nôtres »), de la réalisatrice de américaine Heidi Ewing, connue pour la réalisation particulièrement cinématographique de ses œuvres documentaires. Le film nous propose de suivre la vie de trois jeunes gens, Etty, Ari et Luzer, à travers leur «évasion» de la communauté hassidique de Brooklyn.

« Personne ne quitte cette communauté, à moins d’être prêt à en payer le prix » c’est ce que vous découvrirez à travers ce documentaire passionnant.

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Tandis que les motivations de fuite d’Etty sont dévoilées dès les premières secondes par le biais d’un appel d’urgence au 911 (dans lequel on comprend qu’elle souffre de violences domestiques par son mari), celles d’Ari et Luzer se révèlent plus cryptique et se laisse découvrir en filigrane à mesure que le film avance.

Si le générique, graphiquement somptueux accompagné d’une musique de Klezmer peut sembler apaisant au départ, les images ralentissent, les notes s’étirent et une première coupure laisse place au titre en blanc sur fond noir dans un ultime souffle du clarinettiste. On s’aperçoit alors, au bout de quelques secondes hypnotiques que Heidi Ewing vient de reprendre des codes introductifs des films sur la mafia.

Le ton du film est donné et il est l’heure d’entrer dans la vie de nos 3 jeunes gens. Et là, c’est l’heure de la première claque, et elle est d’ordre visuelle : c’est beau !
Certes le parti pris filmique de départ consiste en une interview anonyme d’Etty (la caméra ne nous montre que ses mains), mais force est de constater le soin apporté à chaque plan, que ce soit lors des entretiens avec les protagonistes ou plus tard lors des excursions dans la ville de New York. Et si quelques passages initiaux nous font nous sentir comme Jeff dans « Fenêtre sur cour », on passe très vite « de l’autre côté du miroir » à l’intérieur de l’écran. Il faut maintenant tendre l’autre joue très rapidement car la deuxième claque arrive presque instantanément : la musique !

Des premières notes légèrement feutrées jusqu’à un style légèrement plus tendu lors de certains passages, Ewing ne nous laisse que très peu de répit et accompagne ses interviewés dans chacune de leurs émotions. Ce qui nous amène à la 3ème claque : leurs histoires. Pour ceux qui ne connaissent pas la communauté hassidique et le monde Habbad cela peut sembler irréel et fantasque, un monde ésotérique parallèle, et pourtant, ce sont bien des histoires réelles, leurs histoires qu’Etty, Ari et Luser partagent avec nous. Leurs récits sont dramatiques et poignants, et on devine un travail de fond titanesque de la part des réalisateurs pour avoir réussi à instaurer une telle confiance entre chacune les protagonistes et la caméra qui les suit. Pendant 1h35 de film on va vivre leurs aventures et ressentir leurs émotions, un sentiment renforcé par le fait de se retrouver seul face à un écran et pas ans une salle de projection cinéma.

Si la critique purement technique sera probablement unanime, le documentaire de Heidi Ewing est bien parti pour diviser l’opinion car on découvre une communauté hassidique dure qui n’hésite pas à exclure sans état d’âme, Le prix pour en sortir est très lourd, Difficile de survivre dans le monde laïque l orsqu’on est est nee et qu’on a grandi dans ce milieu ultra orthodoxe. Au rejet familial, amical  et rabbinique, s’ajoute une nouvelle difficulté : celle de trouver un sens à sa vie. A la manière de Maus de Art Spiegleman, Heidi Ewin signe un documentaire cru, impartial et sans concession. On est plus dans un recueil de témoignage que dans un documentaire à proprement parler. Ici, on ne cherche pas à faire dans le sensationnel. L’auteur ne souhaite pas dépeindre l’ensemble de la communauté Habbad, ni la diaboliser, il aborde un sujet sensible en racontant des histoires bouleversantes.

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Les Plus

– Réalisation magistrale
– Bande originale soignée
– Les différents partis pris visuels
– Un regard inédit sur la vie en communauté
– Aucun sensationnalisme

Les Moins

– Risque de mauvaise interprétation du sujet
– Trop court

Par David Attia – Tel-Avivre –

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