Thierry Lhermitte vous souhaite « Shana Tova »

C’est un Chef d’oeuvre, « Inconnu à cette adresse » est un texte magistral, bouleversant : dix-neuf lettres entre deux amis, un Allemand et un Juif américain, à l’heure de la montée du nazisme. Au fil de la correspondance, le ton s’assèche entre les deux amis. On assiste à l’idéologie fasciste qui s’infiltre, à l’horreur qui arrive…Qui est le bon, qui est le méchant ? Qu’aurions nous fait à leur place ? Le courage suffit-il à contrer le courant ? Et quand l’horreur advient, le pardon est-il préférable à la vengeance ?

titiThierry Lhermitte revient en Israel pour jouer la piece avec Francis Huster le 22 Octobre 2017 – 20H30 à TEL AVIV au Beit HaChayal et le 23 Octobre 2017 – 20H30 à JERUSALEM – Gerard Behar

Pour l’occasion l’acteur vous délivre ses meilleurs vœux pour 5778 en vidéo…

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AFFICHE-FTF-WEBThierry Lhermitte était venu il y a quatre ans jouer cette piece en Israel avec Patrick Timsit, ce fut un triomphe, je vous propose de relire l’interview…

Aujourd’hui, mardi 22 octobre 2013, j’avais rendez-vous avec deux immenses stars de la scène et de l’écran dans un petit café du port de Jaffa à Tel-Aviv. Thierry Lhermitte et Patrick Timsit ont eu la gentillesse d’accorder une interview en exclusivité  au magazine Tel-Avivre à l’occasion de la représentation de la pièce Inconnu à cette adresse qu’ils vont jouer le soir même à Jérusalem et le lendemain à Tel-Aviv. C’est avec beaucoup de simplicité que Thierry et Patrick sont venus à ma rencontre pour partager croissants, jus d’orange et cafés. Très décontractés, ils ont choisi une table au soleil (et oui, c’est souvent le cas lorsqu’on arrive de la capitale française) et ont répondu avec beaucoup de convictions et de passions à nos questions.

Tel-Avivre : Patrick et Thierry, on ne vous présente plus, vous êtes arrivés hier soir en Israël pour trois jours, et pour deux représentations d’une pièce mise en scène par Delphine de Malherbe qui s’appelle Inconnu à cette adresse,  pièce inspirée de la très célèbre et magnifique nouvelle de Katherine Kressmann Taylor.

Tout d’abord parlons un peu de votre venue en Israël,  Patrick , ce n’est pas la première fois mais Thierry, c’est la toute première fois alors livrez nous votre toute première impression.

Thierry Lhermitte : Nous sommes arrivés hier soir, nous avons dîné au restaurant, j’ai très bien mangé, j’ai adoré toutes les petites entrées, non je plaisante, je ne peux pas encore vous livrer d’impression si ce n’est que c’est beau, le soleil, la mer, le ciel bleu, la corniche….

Tel-Avivre : Et vous Patrick, je sais que vous revenez nous voir avec plaisir, qu’est ce que vous avez envie de montrer à Thierry d’Israël en si peu de temps ?

Patrick Timsit : Je vais lui témoigner mon amitié sincère, je vais profiter autant que lui, je ne vais pas jouer au guide, ce serait prétentieux, non je veux partager avec lui ce moment, Thierry va commencer par découvrir l’ambiance humaine, les personnes qui nous reçoivent, les producteurs d’Israstage, et puis il découvrira les lieux et les gens. Cela dit, il y a un endroit que je veux vraiment qu’il découvre tant ce lieu est unique pour se ressourcer, c’est la mer morte, un endroit magnifique, plein d’énergie.

Tel-Avivre : Revenons à l’adaptation au théâtre de l’excellent roman de Kressmann Taylor dont je rappelle rapidement le pitch : Martin Schulse est Allemand et Max Eisenstein, juif Américain, ils sont associés dans une galerie de peinture à San Francisco. Une forte complicité les unit. Ce sont deux vrais amis, des frères. Au début des années trente, Martin rentre en Allemagne. Ils commencent alors une correspondance épistolaire le 12 novembre 1932. Elle s’achèvera le 3 mars 1934. En juillet 1933, à l’époque de la montée du nazisme, Max exprime ses doutes et son malaise dans son courrier et s’aperçoit que son ami, succombe de mois en mois à l’emprise de l’hitlérisme triomphant, et pour cause Martin  finira par devenir un nazi, un monstre. Pourquoi avez-vous eu envie de jouer cette pièce, qu’est-ce qui vous a motivé ?

Thierry Lhermitte : C’est un chef d’oeuvre à plusieurs titres, c’est un chef d’oeuvre historique de cette époque qui raconte la montée du nazisme et c’est aussi un chef d’oeuvre de la littérature épistolaire, une telle maîtrise de la dramaturgie sur fond de correspondance entre deux personnes, avec un drame et une vengeance, c’est juste une pure merveille, la construction et le récit tout est magnifique. Patrick et moi sommes amis intimes et nous ne pouvions juste pas passer à coté d’un tel chef d’oeuvre. J’ajoute qu’en plus, Patrick et moi avons la même vision du texte, nous ressentons les mêmes choses.

Patrick Timsit : Cette pièce extraordinaire, unique était évidemment un très beau prétexte pour partager une fois de plus notre plaisir d’être ensemble, de jouer une nouvelle fois ensemble, nous sommes comédiens et nous pourrions le jouer sans être amis, mais le plaisir qu’on éprouve à le jouer ensemble est encore plus fort que celui qu’on imaginait.

Tel-Avivre : La pièce a déjà connue un énorme succès en France, au théâtre Antoine , elle a aussi été récompensée cet été à Avignon et vous allez poursuivre les représentations en France jusqu’à fin décembre, qu’est-ce qui vous a motivé à la jouer en Israël, est ce que vous pensez qu’elle résonne différemment ici ?

Patrick Timsit : A cause de la fréquentation de la salle… (rires), non mais sans plaisanter, ce sont des enfants de déportés qui viennent nous voir ce soir et demain, il ne faut évidemment pas être juif pour être concerné, mais c’est vrai que de jouer devant des gens dont la pièce relate en quelque sorte leur histoire, alors les choses prennent évidemment une autre résonance, on va laisser l’émotion monter sans la fabriquer.

Tel-Avivre : Pensez-vous que dans le contexte économique, social, religieux de la France de 2013 , de plus en plus de gens « bien »,  normaux, humanistes, démocrates peuvent de la même manière se laisser embarquer et se laisser tromper par des idéologies racoleuses, en d’autres termes ce livre peut-il devenir de nouveau d’actualité ?

Thierry Lhermitte : Ce qui est subtile dans le roman et qui est très  difficile à percevoir dans la vie, ce sont les limites, déterminer quand les choses vont trop loin, quand le choix moral se pose, le choix de ceux de dehors et de ceux de dedans, quand vous êtes sur la chaloupe de sauvetage, qu’elle est pleine et que quelqu’un veut monter, qui tape sur les mains de celui qui veut monter ? Nous sommes dans ce registre, c’est ce que cette pièce montre, au delà de « on a été berné » c’est ce qui est horrible car on connait la fin de cette histoire qui a été écrite en 1938. Il y a des gens qui n’étaient pas des abrutis et qui ont changé de bord, qui se sont dit tant pis pour les juifs, on peut les sacrifier si les choses vont mieux pour nous, c’est ce que je veux dire, c’est cela l’horreur. Dans cette période noire, les contre-pouvoirs ont été supprimés et la censure instaurée, on a plus le droit d’être contre et l’escalade de l’horreur devient possible, c’est tout le danger des régimes totalitaires.

Patrick Timsit : J’ajoute que c’est pour cela que  le devoir de mémoire est important car , encore une fois, ce qui est très complexe, c’est que le personnage de Martin se posent les bonnes questions au départ, c’est par la suite qu’il dérape, c’est pour cela qu’il faut se rappeler, ne pas oublier, apprendre de ce qui s’est passé. Ce que j’aime en Israël, c’est que tout le monde peut s’exprimer, c’est cela qui est extraordinaire, y compris les extrémistes, ce que certains pays démocratiques n’ont pas compris…

Tel-Avivre : Patrick, certaines de vos relations amicales ont-elle déjà été altérées par des discussions sur le conflit au proche orient ?

Patrick Timsit : Je pense évidemment à Dieudonné avec qui je n’étais pas ami intime mais dont je respectais le travail et le talent, qui est aujourd’hui un homme politique comique mais qui fut un comique qui faisait un peu de politique, je pense que c’est révélateur de la nature de chacun, il y a des gens avec qui vous ne pourrez pas parler parce qu’ils vont considérer qu’Israël est l’agresseur, ils ne sont jamais venus en Israël, c’est donc compliqué, mais vous savez , je veux aussi dire que je n’ai jamais connu quelqu’un qui est venu en Israël avec des idées reçues et pré-conçues en repartir avec les mêmes idées.

Tel-Avivre : La pièce rencontre un énorme succès et on ne trouve plus de places pour ce soir à Jérusalem et demain à Tel-Aviv, tout est complet, alors est-ce que vous reviendrez jouer en Israël?

Patrick Timsit : Ben oui si on est re-complet… (rires)

Tel-Avivre : Merci à tous les deux d’avoir si gentillement accordé un peu de votre temps au magazine Tel-Avivre.com avec un agenda si chargé.

propos recueillis par H.P.  Benhamou pour Tel-Avivre –

« Inconnu à cette adresse », a reçu le titre de « Meilleur pièce de théâtre de l’année » à l’occasion des Globes de Cristal de 2013.

« Inconnu à cette adresse » est un texte choc. L’Express

Le Figaro semble y voir le talent d’acteurs de qualité: « Chacun joue sa partition avec une conviction qui force l’admiration ».

« Une sorte d’ovni littéraire, une manière de chef-d’œuvre secret » pour Le Nouvel Observateur
« On n’a qu’un seul désir, le faire lire »  Télérama

 

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4 Responses to Thierry Lhermitte vous souhaite « Shana Tova »

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  2. Mbala Mbala n’est pas un « politique » et encor emoins un « humoriste » mais un colporteur de haine antisémite, qui mériterait d’être traité comme les déportés dont il se moque.
    « Inconnu à cette adresse » est un chef d’œuvre, qui se termine sur un renversement juste, et non sur un acte de vengeance… il devrait être transposé à notre époque soumise à l’antisémitisme islamique…

  3. Thierry Lhermitte est un gentil dont la gentillesse est égale à son eau regard .Merci à lui d’avoir eu la délicatesse de nous souhaiter SHANA TOVA
    Il est à remarquer que la 1ère fois il avait joué avec Timsit , un juif , et que pour la 2ème fois il jouera la même pièce avec un autre juif , Huster.

  4. Je vous souhaite Shana Tova ;et succès pour votre spectacle ; Bravo à vous Thierry .

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