Le parti, qui frôle la majorité absolue, demande l’annulation des deux tiers de « l’insoutenable » dette grecque.

« Historique » : tel est le qualificatif employé par Syriza, le parti anti-austérité de la gauche radicale grecque pour qualifier sa victoire aux élections de dimanche 25 janvier. Pour la première fois en Grèce, mais aussi dans l’histoire de l’Union européenne, une formation d’extrême gauche accède au pouvoir.

Une victoire, que les analystes et les sondages n’avaient pas prévu, Syriza non seulement devance tous les autres partis mais frôle la majorité absolue au Parlement (qui s’établit à 151 sièges sur 300). Propulsé par l’ampleur de la crise économique et sociale, le parti n’aura aucune difficulté à former un gouvernement, à trouver l’appoint nécessaire.

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Le parti de la gauche radicale a littéralement dévoré l’électorat du grand parti historique Pasok (socialiste), qui sombre autour de 5% après avoir obtenu des scores jusqu’à 45%. Rongé par le népotisme, le clientélisme et la corruption, le Pasok est tenu pour responsable de la crise qui a frappé la Grèce depuis 2010 mais aussi du drastique plan d’austérité, qui a réduit retraites et salaires, puisqu’il gouverne aujourd’hui en coalition avec la Nouvelle démocratie.

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Renégocier « l’insoutenable » dette grecque

Avant les élections, Alexis Tsipras avait évoqué la possibilité de former un gouvernement de large coalition, ouvert à d’autres partis. Au soir du scrutin, Tsipras promettait « de constituer un gouvernement de tous les Grecs ». Au moins deux partis, les Grecs indépendants (droite souverainiste) et To Potami (« La rivière », centre) se sont déclarés prêts à soutenir Syriza, même s’ils refusent d’être dans la même coalition.

Fort d’un large soutien dans le pays, le parti renforcerait ainsi sa position face à l’Union européenne alors que Syriza demande l’annulation des deux tiers de « l’insoutenable » dette grecque (175% du PIB, 300 milliards d’euros). Syriza s’appuie sur l’exemple historique de l’annulation de la dette allemande après la Seconde guerre mondiale.

Les leaders européens ne pourront pas ne pas tenir compte de ce nouveau rapport de force et du vote « historique » des Grecs ainsi que de la dynamique politique qui se crée en Grèce autour de Syriza. Si, officiellement, les dirigeants européens – et surtout allemands – refusent toute annulation de la dette, ils se sont préparés à faire face à la victoire du parti de la gauche radicale.

Geste de bonne volonté, les Européens semblent déjà prêts à prolonger sans discussion le plan d’aide de plusieurs mois pour laisser à Alexis Tsipras le temps de négocier. Sans être annulée, la dette pourrait être rééchelonnée pour la rendre soutenable, ses taux d’intérêts pourraient être baissés. Même s’il promet un « affrontement » dur, le leader de Syriza a aussi mis beaucoup d’eau dans son vin depuis qu’il a perdu les élections de 2012.

Syriza, une tête malade

Alors qu’il compte une fraction dure, maoïste, trotskiste anti-Union européenne, antisémite et anti-Israel, le parti a dû fermement s’engager à ne sortir ni de l’euro, ni de l’UE. C’est essentiellement la crainte d’une sortie de l’Europe (75% des Grecs sont pour le maintien dans l’UE) qui avait fait perdre le précédent scrutin. C’est principalement les assurances européennes données par Syriza qui lui ont permis de remporter celui-ci. Syriza ne fait plus peur.

Même si les positions paraissent irréconciliables entre les adeptes en Europe de l’austérité et ses opposants en Grèce, entre les partisans de l’annulation de la dette et ceux de son maintien, un compromis, qui permettrait à chacun de sauver la face, pourrait être trouvé. La victoire « historique » de Syriza permettra peut-être aux Grecs d’avoir un meilleur accord.

La Grèce antisémite?

La dernière décennie a été riche en manifestations antisémites de tous genres.
Après le 11 septembre 2001, on peut lire dans la presse grecque les accusations folles d’une complicité juive ou israélienne dans le complot pour attaquer l’Amérique.
En pleine seconde Intifada, les journaux évoquent régulièrement le «génocide des Palestiniens», l’«Holocauste en Palestine» et les «bêtes humanoïdes israéliennes» selon leur propre terminologie.
Fin mars 2002, le député socialiste et ancien Ministre grec des Affaires Etrangères, Théodoros Pangalos, emmène dix-sept parlementaires manifester pour la énième fois devant l’ambassade d’Israël à Athènes, contre la politique israélienne.
En avril 2002, l’organe de la gauche progouvernementale de Grèce publie la caricature d’un soldat nazi portant une étoile de David. Ce soldat menace un Arabe affublé de l’uniforme rayé des prisonniers de camps de concentration. Sous le titre «Holocauste II», la légende indique : «La machine de guerre de Sharon s’efforce de perpétrer une nouvelle Shoah, un nouveau génocide».

Parmi ses réformes avancées durant la campagne: la fin de la coopération militaire avec Israël. Sur les 50.000 Juifs vivant en Grèce avant la Seconde Guerre Mondiale, principalement à Salonique, 86% ont été assassinés par les nazis. Mais cette extermination, à peine évoquée dans les livres de classe, reste largement tabou dans le pays.

Il faut attendre la mi décembre 2007, pour qu’enfin la justice grecque condamne un néonazi, Constantin Plevris, avocat de profession, à 14 mois de prison avec sursis pour injure raciale, incitation à la haine et à la violence raciale dans son livre paru en 2006 ‘’Les Juifs – Toute la vérité’’. L’ouvrage nie l’Holocauste, fait l’apologie des nazis et menace les Juifs qualifiés de «sous-hommes» et d’«ennemis mortels» méritant «le peloton d’exécution».

C’est une première dans un pays où les préjugés contre les Juifs ont la vie dure et s’expriment ouvertement. En effet, en Grèce la littérature antisémite comme le Protocole des sages de Sion circule librement. Des télévisions privées offrent souvent leur tribune aux idées politiques d’extrême droite.

Le Conseil central juif de Grèce (KIS), qui fait du procès un test de la détermination des autorités grecques à lutter contre l’antisémitisme et le négationnisme, se félicite finalement de cette décision. En espérant que cette décision ne reste pas une exception au pays ‘’berceau de la civilisation occidentale’’.

Compilé par Or Imbar pour Tel-avivre.com

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