Eva Kor, 80 ans aujourd’hui, n’avait que dix ans lorsqu’elle fut déportée avec toute sa famille et sa sœur jumelle au camp d’extermination d’Auschwitz dont Rudolf Hess, de sinistre mémoire, était l’effroyable commandant. A peine arrivées au camp après un voyage en wagon à bestiaux dans les conditions atroces que l’on connait désormais, debout pendant plus de 70 heures, sans eau dans la chaleur étouffante de cet espace restreint, les familles sont dispersées.

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Son père envoyé d’un côté, sa mère et ses sœurs ainées Edith et Aliz d’un autre, Eva et sa sœur jumelle Myriam sont emmenées de force dans le quartier général du Dr Mengele. C’est là que « l’Ange de la Mort » commet ses horribles méfaits pour étudier le mystère des jumeaux, là où il fait ses expériences sur de la chair humaine vivante, des corps déshumanisés, à peine identifiés par leur numéro tatoué sur le bras. Eva n’a pu empêcher malgré ses hurlements de rage d’être marquée comme une bête du N° A-7063.
Car les deux petites sœurs ne sont plus que cela. Une paire de cobayes comme les 1500 autres qui subissent le même sort ou presque. L’une doit rester le témoin de leur état originel tandis que l’autre est soumise à toutes sortes de traitements plus sauvages les uns que les autres pour expérimentation.
Vaccinée contre n’importe quoi, opérée sans raison d’un membre ou d’un organe, recousue ou pas, perfusée d’un côté, prélevée de l’autre, Eva contre toute attente résiste. Toutes deux observées comme des « choses », la volonté de vivre d’Eva programmée pour mourir la première défie les lois de la logique meurtrière de Mengele. Rien n’y fait, elle survit  et ce n’est pas prévu. Elle aurait dû mourir depuis longtemps déjà. Alors, et alors seulement, Myriam aurait été sacrifiée et Mengele se serait offert le plaisir d’une étude comparative de l’état de chacun des deux cadavres.

Contre la mort elle-même l’enfant fait face et continue de vivre !

Nous sommes le 18 janvier 1945. A la « Grande Marche », celle qui a décimé pratiquement tous ceux qui par miracle avaient survécu aux horreurs nazies, elle, encore elle, cette enfant survivra, sa sœur aussi.

Miraculées de la Shoah, les deux petites roumaines retournent au pays pour y retrouver ce qui leur reste de famille, leur tante.
Puis c’est le choix de vivre en Israël, en 1950, le temps de faire des études d’agronomie, de cultiver la terre et rejoindre le corps de l’armée israélienne.  C’est en Israël qu’elle rencontre Michel Kor, un survivant lui-aussi. Elle l’épouse en 1960 et les voilà partis vers les Etats Unis où ils concevront deux enfants Alex et Rina.
Eva et sa sœur, continuent de lutter dans la chaleur de la Paix comme elles le firent dans le froid réellement glacial des camps. Besoin de se dépasser. Se dépasser elles-mêmes, mais plus encore peut-être, faire que le désespoir tellement légitime cède la place définitivement à l’espoir. Elles sont curieuses de savoir ce que sont devenus leurs alter égos. Elles apprennent que 200 seulement ont survécu sur les 1500 comptabilisés au départ.
En 1984 elles créent une fondation dont le message primordial est que l’espoir est et demeure le plus fort, même après avoir connu un réel désespoir. En 1993, Myriam meurt d’un cancer. Eva, encore une fois relève la tête. Sa tête, sa pauvre tête continue à se poser des questions : Pourquoi ? Qui est responsable ? Qu’en est-il advenu d’elle ? Poser ces questions sur papier l’aide à se recadrer et se faire une idée plus claire de ce qu’elle cherche.Et ce qu’elle veut, c’est sortir du rôle de victime pour redevenir un être libre, sans entraves. C’est dans cet état d’esprit qu’elle reçoit un premier courriel de Raïner Hess qui demande à la rencontrer. Elle pense aussitôt à un canular. Qu’elle veuille pardonner, c’est un fait, elle le sait, mais qu’un descendant de ses bourreaux demande à l’être, c’est autre chose.
Et pourtant, il réitère sa requête. Après quelques rencontres, la vieille dame accepte et mieux encore, adopte officieusement le jeune homme. …
Source « Vice ». C’est ainsi que l’on assiste, mieux que dans un conte de fées pour enfants, à ce « moment magique »’ où tout est possible dans le meilleur mais plus encore dans le pire des mondes.
Savoir qu’il existât quelque part sur cette terre une femme tellement au-dessus des petites bassesses humaines ordinaires redonne confiance en l’espèce humaine.Car enfin pardonner à son pire ennemi… Voilà qui est énorme ! C’est pourtant le challenge que s’est fixé Eva : Absoudre tous ceux qui l’ont fait souffrir, Mengele et Rudolf Hess en tête. Quel exemple ! Quant à blanchir sa descendance, en l’occurrence un innocent né deux générations plus tard, finalement, où est le problème ? Ce n’est que justice.

par Bely pour -Tel-Avivre –

 

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2 COMMENTS

  1. attention il s’agit de Rudolph Hoess et non Hess
    le commandant du camp fut pendu en 1947
    et l’autre à terminer ses jours à la prison de spendau dans les années 80

    • Est-ce que cela remet en question le dernier para<graphe dont: "’est pourtant le challenge que s’est fixé Eva : Absoudre tous ceux qui l’ont fait souffrir, Mengele et Rudolf Hess en tête." ? Car, dans ce cas, il faut le préciser, et en informer l'auteur de l'article. Merci!

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