Le 25 Novembre 2013, le parti travailliste répare ses erreurs passées en plaçant à sa tête une valeur sure, dont le nom est un symbole de la vie politique israélienne depuis déjà plusieurs générations.

herzog

“Leadership et valeurs”

Ce slogan sur la page d’accueil du site internet de Isaac Herzog donne le ton de la reprise en main du parti Travailliste qui, au fil des élections, voit son corps électoral vieillissant s’éroder. L’inaction de ses leaders lors des vagues de manifestations sociales en 2011 et 2012 a achevé de le décrédibiliser au profit d’autres formations plus au centre. ”Bouji” comme il demande à être appelé, part désormais à la reconquête des citoyens en multipliant les réunions publiques et en ouvrant le parti aux “talents de la vie civile”.

Dans un décor atypique, entre Yaffo et la zone industrielle de Tel Aviv, nous avons rencontré un homme politique sûr de ses idées, pince sans rire, dont le phrasé est simple, sans passion apparente. Il manque encore un peu de charisme à ce fils de Président et petit-fils de Grand Rabbin d’Israel, pour incarner une alternative crédible à Benyamin Netanyahou. Son entourage proche joue la méthode Coué : “il apprend”, nous chuchote-t-on, même si l’ancien ministre du tourisme n’en est pas à son coup d’essai.
Il prône une gauche réaliste et généreuse, sans point commun avec les extrêmes communistes ou arabes. Sa crispation était perceptible lorsqu’une militante américaine de Shalom Ahshav – la paix maintenant- l’a interrogé sur les implantations comme élément empêchant le processus de paix. Il a rappelé que leur surface ne représentait que deux pourcents de la Judée-Samarie (Cisjordanie). Aussi, il appelle de ses vœux l’établissement rapide d’un accord de paix avec les palestiniens incluant des échanges de territoires dans la mesure où Israël conserve la souveraineté sur le Goush Etsion, “très important pour nous” d’après lui. Cet accord serait également nécessaire à court terme, pour préserver le caractère juif et démocratique de l’État d’Israël.
Dans le même sens, il se dit préoccupé par la situation des immigrés clandestins notamment au sud de Tel Aviv, mais pense avant tout aux israéliens qui ne s’y sentent plus chez eux, car doivent faire face chaque jour aux incivilités voire à la violence physique de ces  »réfugiés ». Il accuse le gouvernement actuel de ne pas prendre ses responsabilités et adopter une position claire et satisfaisante pour toutes les parties.

Le faux jumeau

Le chef de l’opposition partage en apparence avec Yair Lapid son approche pragmatique du processus de paix et des divers sujets de société. La similitude entre ces deux hommes est intéressante: même génération, issus du sérail, mainstream de l’intelligentsia ashkenaze et intellectuelle Telavivienne . Chacun d’eux a fait une belle carrière dans le privé, Lapid comme journaliste vedette de la télévision, Herzog comme brillant avocat. Tous deux sont héritiers d’illustres “Mensh” (hommes de courage et de poigne) qui ont écrit l’histoire du pays. Mais Bouji sait que Yair Lapid et Tsipi Livni, dans une moindre mesure, ont capté une partie de “son” électorat. Observant la déception des israéliens pour la politique menée par le ministre du Trésor, il saisit chaque opportunité pour pointer son absence de coudée franche ou son manque de courage politique pour traiter les dossiers dont il a la charge. Actuellement, il n’épargne le chef de  »Yesh Atid”, ni sur le laisser-aller gouvernemental ayant provoqué la faillite de l’hôpital Hadassa de Jérusalem, ni sur certains arbitrages douteux, notamment le transfert de cinq cent millions de shekels (cent millions d’Euros) dans le développement des implantations: “ces sommes auraient été bien plus utiles au développement du Negev” plaide-t-il.

Des positions à consolider

Interrogé, à sa demande, par la commission Elalouf, chargée de faire des propositions pour lutter contre la pauvreté, il a rappelé qu’en Israël on parle de pauvreté mais pas des pauvres – pourtant représentant plus de vingt pourcents de la population. En outre, sur son site internet, il présente des solutions pour faire face aux grands enjeux de la société israélienne comme l’égalité, le logement, l’éducation mais reste assez discret sur la vie chère et les monopoles. Ces domaines, sensibles, restent encore à consolider pour lui, car ce sont les préoccupations principales de l’israélien de la rue. En effet, même si “the Marker”, journal économique de gauche s’étonne en couverture cette semaine “le peuple exige… rien du tout” avec en sous-titre “ où a disparu la révolte?”, le vide laissé par le gouvernement et l’opposition sur la justice sociale peut plonger la société toute entière vers un conflit plus profond, tant les disparités entre riches et pauvres s’accroissent rapidement.

Alternative crédible

C’est effectivement le grand credo. Benyamin Netanyahou n’a eu, jusqu’alors aucun adversaire crédible. Fort en alliances improbables, il reste maître du jeu politique. Il a tout manœuvré pour faire revenir Libermann dans l’arène politique afin de faire contrepoids face à l’alliance Bennet-Lapid. A la question de savoir si Bouji Herzog rentrera au gouvernement, bien informé celui qui peut répondre. D’y rentrer lui permettrait d’une part  »d’influencer son orientation” entend on dire chez la majorité des commentateurs. Il pourra éventuellement tenter de faire voler en éclat cette coalition et d’en sortir les éléments les plus néfastes pour la cohésion nationale comme par exemple Habayt hayeoudi de Bennett. Dans un pays ou l’action prime sur les convictions, il ne s’exposerait pas, dès lors, au piège de l’immobilisme dans lequel Tsipi Livni et Kadima ont sombré.
Y entrer pourrait au contraire l’obliger, au nom de la cohésion gouvernementale, à adopter des positions contre ses convictions sur les négociations avec les palestiniens comme sur la politique économique du pays, ce que l’actuel chef de gouvernement aura grand plaisir à provoquer.

par Johann Habib – Avocat Franco Israélien – pour Tel-Avivre 

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