Nul n’est à l’abri des turbulences ou d’un retournement de tendance. Nochi Dankner, dont la holding IDB contrôla un tiers de l’économie israélienne, a-t-il voulu voir trop grand ? Analyse.

Dankner

Né en 1954 dans une très riche famille de Tel-Aviv, propriétaire de mines de sel, Nochi Dankner commence sa carrière comme avocat d’affaires. En 1995, au retour d’un voyage au Népal, il fonde Ganden Tourism. En 1991, suite à une dispute familiale, il vend ses parts pour 100 millions de dollars qu’il investit dans l’immobilier. En 2003, grâce à un emprunt garanti par les fonds de pension de la Histadrout, il rachète IDB Holding. Ainsi – ironie – c’est grâce à l’argent de la retraite de travailleurs que Nochi Dankner deviendra l’un des magnats israéliens. Sous sa direction, IDB devient vite florissante. Il crée et prend des participations dans de nombreuses sociétés. Il devient bientôt le « golden boy » de la jet set israélienne et tout le monde se l’arrache.

Philanthrope

En 2005, il achète Cellcom et siège au Conseil d’administration de nombreuses sociétés : BioLine, Clal assurances, Elron Industries, Compugen, Delta Galil, Elbit, Given Imaging, Koor industries, Partner, Retalix, DSupersal, SodaStream, etc. Volontiers philanthrope, Nochi Dankner sait se montrer généreux avec les universités et les hôpitaux. En 2006, lors de la guerre du Liban, il n’hésite pas à se rendre à Kyriat Chemona pour soutenir les habitants du nord de la Galilée. En 2007, les bénéfices d’IDB dépassent le milliard et demi de shekels. Un Israélien sur trois consomme des produits contrôlés par Dankner. La même année, alors qu’éclate aux États-Unis la bulle immobilière, Nochi Dankner s’associe avec le groupe Elad (Isaac Techouva) et investit 8 milliards de dollars à Las Vegas, dans un gigantesque projet comprenant un hôtel de luxe de 3 500 chambres et 1 300 pavillons. En 2008, par le biais de sa filiale Koor industries, il achète pour 1,1 milliard de dollars d’actions Crédit Suisse.

La roue tourne

C’est en 2009 que le vent commence à tourner. En avril le gouvernement israélien émet des recommandations pour accroître la concurrence et réduire le coût de la vie. Dans le même temps, la crise européenne éponge de 59 % la valeur de marché de Crédit Suisse. Avec la réforme du marché du téléphone, Cellcom accuse un repli, tout comme la chaîne Supersal.

En septembre 2011, lorsqu’éclate la « révolte des tentes », Nochi Dankner devient alors pour les manifestants de Tel-Aviv le symbole de l’oligarchie arrogante, de l’homme d’affaires qui veut tout contrôler. Le rachat, puis la revente de Maariv, achève de plomber ses comptes. Il se retrouve bientôt avec une dette de 150 millions à la banque Léumi. En octobre 2012, l’action IDB perd 90 % de sa valeur : cotée 152 shekels à l’hiver 2010, elle tombe à 14 shekels. La capitalisation du groupe, qui affichait 5,74 milliards de shekels, n’est plus que de 620 millions. Nochi Dankner décide alors de vendre des actifs : il cède 50 % de ses parts dans Clal Industries à l’homme d’affaires russo-américain Leonid Blavatnik. Le magnat juif argentin, Eduardo Elsztain lui rachète 10 % de IDB. Pour l’heure, l’entreprise doit 425 millions de dollars à des détenteurs d’obligations et 75 millions à des banques israéliennes. La vente de Given Imaging pour 860 millions de dollars ne parvient pas à renflouer le navire. Finalement, courant décembre 2013, après un imbroglio judiciaire, un consortium dirigé par Eduardo Elsztain et Motti Ben-Moché recueille l’accord de 75 % des porteurs de parts pour reprendre le groupe – sans qu’on sache pourtant comment seront remboursés les créanciers.

A qui la faute ?

Naturellement, la faillite de IDB interpelle experts et économistes. Pour certains : « Il y a eu des changements dans l’opinion qu’il n’a pas su anticiper. Il est victime d’un effet domino. Tout le monde ne peut pas être Warren Buffet ! » D’autres incriminent le Conseil d’administration d’IDB, trop soumis à la personnalité charismatique de Nochi Dankner. « Et puis, il y aussi les régulateurs de la Banque d’Israël, qui ont été trop laxistes. Sans compter la négligence des banques et des fonds de pension qui lui ont prêté de l’argent sans précaution. » Un groupe de protestation Israel Yekara Lanou (Israël nous est cher) fustige les banques « qui ont profité des milliards de dollars que nous, citoyens israéliens, avons déposé, pour octroyer des prêts aux magnats qui monopolisent le marché et augmentent le prix de leurs produits pour rembourser leurs dettes. »

Par David Jortner source Hamodia –

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