J’attends Jeane dans un café branché de la rue Yerimihahou, elle a un peu de retard, me dit-elle, elle est en train de s’acheter une robe pour les concerts de la semaine prochaine. Elle me rejoint peu de temps après et m’accueille avec le même sourire radieux que sa fille Shirel.

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Tel-Avivre : Bonjour et merci de m’accorder cette interview, Jeane on ne vous présente plus, vous venez d’arriver à Tel Aviv et vous allez chanter avec votre fille Shirel, c’est la première fois qu’une fille chante avec sa mère sur scène et je crois savoir que c’est Shirel qui est à l’initiative de ce projet. Qu’est-ce que vous ressentez à l’idée de chanter avec elle ?

Jeane Manson : Pour moi, c’est juste naturel, vous savez quand elle était jeune, elle était très souvent sur scène avec moi, mais c’est vrai que je suis très impatiente de faire tout un spectacle avec elle en duo. Elle m’a simplement appelé un soir et elle m’a dit, maman, je veux chanter avec toi sur scène, je suis prête.

Tel-Avivre : Est-ce que vous avez quand même un peu le trac de chanter avec votre fille ?

Jeane Manson : Avec elle non, mais j’ai une petite appréhension car je vais chanter avec ses musiciens, pas les miens, alors tout ça va être très nouveau pour moi, mais je vais m’adapter. Quand je lui ai dit : Je connais le rythme, je connais mon texte, je connais la mélodie, Qu’est-ce qu’il faut que je fasse ? Elle m’a dit, c’est super, ça suffit, le reste on s’en occupe. Petite, elle m’a fait confiance, c’est moi qui l’ai poussée vers la chanson, aujourd’hui, j’ai entièrement confiance en elle, nous nous ressemblons tellement, c’est Shirel qui est aussi à l’origine du titre du spectacle « Double Je », comme sur l’affiche du spectacle, nous ne formons qu’une.

Tel-Avivre : Vous avez eu une carrière très médiatique jusque dans les années 90, qu’est ce qui s’est ensuite passé dans votre vie professionnelle?

Jeane Manson : Les médias ont changé, les émissions de télévision aussi avec la télé-réalité, Star Academy, la Nouvelle Star etc,, mais paradoxalement je travaille plus qu’avant, je suis tout le temps en tournée, j’ai un public fidèle et cela n’a jamais cessé depuis vingt ans, je n’habite d’ailleurs plus en France, j’habite en Espagne.

Tel-Avivre : Quelle est votre regard sur la musique d’aujourd’hui, qu’est-ce que vous aimez ?

Jeane Manson : Pour être honnête, je ne suis pas très branchée sur la chanson française, et même aux Etats Unis, je trouve l’époque moins créative qu’avant, sur le plan musical, les stars naissent en chantant les chansons des autres, les tubes d’aujourdhui sont des tubes d’hier remixés et c’est pour cela que ça marche encore pour des chanteuses comme moi (rires), l’année dernière, j’ai fait « Age tendre et tête de bois », 10 000 personnes venaient nous voir tous les jours.

Tel-Avivre : Vous travaillez beaucoup, expliquez-nous un peu ?

Jeane Manson : Je fais 150 galas par an, j’adore la scène et il faut que je continue à gagner ma vie (rires) et puis je me sens, vocalement, mieux que jamais, je viens, à l’instant, d’acheter une petite robe rouge « Marylin Monroe » magnifique pour le spectacle, non je ne veux pas arrêter, la scène c’est ma vie.

Tel-Avivre : Jeane, parlons un peu de Shirel, quelle enfant, qu’elle adolescente a-t-elle été ?

Jeane Manson : Pendant dix ans, elle fut une enfant unique, elle était très intelligente, elle était souvent avec moi en tournée, elle a grandi dans un contexte familial compliqué et pas très stable, et c’est à cause de cela qu’elle donne tant de priorité à sa vie familiale. J’etais sans cesse sur la route, J’ai beaucoup donné aux autres, pas seulement à un mari et à des enfants, je n’ai jamais souhaité une vie « classique ». Depuis toute petite, je voulais faire ce métier. Alors, évidemment, ce ne fut pas facile pour les enfants qui me voyaient toujours partir, mais je voudrais dire que je souffrais aussi beaucoup de la laisser, même si je savais que nous avions toute la vie pour nous.

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Tel-Avivre : Qu’avez-vous ressenti et comment avez-vous réagi lorsqu’elle vous a appris qu’elle souhaitait se convertir au judaïsme ?

Jeane Manson : Je suis née chrétienne, même si je n’ai pas toujours suivi cette voie, mais la spiritualité tient une place prépondérante dans ma vie, j’ai cherché mon identité spirituelle depuis l’âge de 12 ans, j’ai même voulu mettre le voile car j’ai grandi au Mexique, un pays très catholique, et puis après j’ai rencontré le bouddhisme, le yoga, je suis végétarienne. Je n’ai pas baptisé Shirel par respect pour son père et par respect aussi pour l’adulte qu’elle serait un jour, justement pour lui laisser le choix, j’ai élevé mes enfants dans le respect de la vie, le respect de l’autre. Alors je suis évidemment ravie que ma fille soit juive, mais vous savez, cela n’a pas toujours été facile, on est passé par d’énormes incompréhensions, quand elle est arrivée avec son chapeau, ses cheveux courts, ses longues robes, elle me disait, je ne peux pas manger dans tes assiettes, alors on mangeait. dans des assiettes en carton et Marie Anne, la petite sœur de Shirel me disait : « C’est pas grave maman, comme ça tu ne seras pas obligée de faire la vaisselle ». A cette époque, c’est vrai que je trouvais cela un peu primaire, je ne comprenais pas toutes ces règles qu’imposait le judaïsme, toutes ces interdictions, je ne voyais donc qu’une religion de contraintes et puis Shirel a grandi et moi aussi et j’ai aussi étudié et j’ai découvert l’amour et la tolérance du judaïsme, j’aime beaucoup l’enseignement de la Kabbale, j’habitais à côté du rabbin Josy Eisenberg, qui fut mon voisin pendant 15 ans, alors on parlait souvent. Si je continue à chanter, c’est aussi, parce que je veux continuer à donner aux autres, je ne veux pas m’arrêter de donner ! L’année dernière, j’ai écrit ma biographie, une américaine à Paris, et je crois que ma fille m’a aussi découverte dans ce livre, elle a ressentie la douleur qui était mienne lorsque j’étais obligée de la laisser dans son berceau. Ma vie n’a pas été un long fleuve tranquille, les choses ont pris le dessus sur ma vie, je ne pouvais pas suivre un homme par exemple, c’est eux qui me suivaient. Quand Shirel est venue vivre en Israël avec son père, j’étais très contente, j’ai fait la même chose à son âge, mes parents étaient divorcés, je suis partie vivre aussi avec mon père, on se ressemble beaucoup à la seule différence qu’elle est aussi devenue une épouse et une mère exemplaire, la mère de mes deux petits enfants que j’adore. Maintenant, elle a besoin de se donner aussi aux autres, de révéler son immense talent créatif.

Tel-Avivre : Même, si vous n’habitez plus en France, vous y travaillez énormément, constatez-vous ces dernières années une recrudescence de l’antisémitisme ?

Jeane Manson : Bien sûr, l’antisémitisme est devenue terrible en France, une plaie, le départ de ma fille en Israël n’y est pas pour rien, des gens dans le métro lui ont craché dans la figure, c’est une honte, des centaines de gens l’ont menacé de mort sur internet, c’est ignoble, comment des hommes peuvent-ils faire ça ? Ces gens-là sont des animaux, ils n’admettent pas et cela depuis la nuit des temps qu’un petit peuple fasse autant de bruits et créé autant de choses, la jalousie entraine la haine. Shirel fut une des premières à brandir le drapeau d’Israël sans avoir peur, peu de gens ont eu ce courage, même Richard Berry avec qui j’ai été mariée a changé son nom pour ne pas être importuné. Vous savez, très jeune, j’ai été confronté au racisme, aux Etats Unis, j’ai été à l’école à une époque ou les blancs et les noirs étaient séparés, ce n’est qu’en 1968 que j’ai eu des copains noirs à l’école, pour moi, toute forme de racisme et d’antisémitisme est tout simplement intolérable,

Tel-Avivre : Jeane, revenons a des choses plus légères, est-ce que vous venez souvent à Tel Aviv et plus généralement en Israël ?

Jeane Manson : Je viens deux à trois fois par an depuis que ma fille s’est installée ici, c’est-à-dire depuis dix-huit ans. Vous savez, j’ai fait l’eurovision ici à Jérusalem en 1979, j’ai chanté le soir de la paix avec l’Egypte. A cette époque, nous allions facilement partout, à Jéricho par exemple, tout était ouvert.

Tel-Avivre : Quelle énergie ressentez-vous aujourd’hui dans ce pays ?

Jeane Manson : Une énergie de survie, de créativité, et par-dessus tout une énergie spirituelle.

Tel-Avivre : Est-ce que Tel Aviv a beaucoup changé depuis toutes ces années ?

Jeane Manson : Tel Aviv était en ruine lorsque je suis arrivée en Israël, beaucoup de choses ont changées ici.

Tel-Avivre : Si vous deviez convaincre un parisien de venir découvrir Tel-Aviv, que lui diriez-vous ?

Jeane Manson : Tout d’abord, je lui demanderais de venir a Neve Tsdek (un des premiers quartiers de Tel-Aviv), aux femmes je leur dirais de venir sur le boulevard Dizengoff, les robes sont magnifiques, et puis le ciel est bleu, il y a la mer et surtout beaucoup d’énergie à prendre.

Tel-Avivre : Et si vous deviez convaincre un Telavivi de venir découvrir Paris, que lui diriez-vous ?

Jeane Manson : C’est la plus belle ville du monde, mais je leur dirais de faire vite, parce que je ne sais pas jusqu’à quand !

Tel-Avivre : Dernière question Jeane, est-ce que vous allez chanter en hébreu et si oui quelle chanson ?

Jeane Manson : Bien sûr que je vais chanter en hébreu et pour savoir laquelle, il faut venir nous voir en concert lundi à Netanya ou mercredi à Tel-Aviv. Un indice c’est une chanson que je chante à tous mes concerts et beaucoup de gens viennent me voir pour me demander ce que c’est.

Tel-Avivre : Merci de votre gentillesse, nous vous souhaitons beaucoup de bonheur , entourée de ceux que vous aimez.

Réservez vite vos places ici il n’en reste plus beaucoup 

 

Propos recueillis par H.P. Benhamou pour Tel-Avivre –

 

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