Interview exclusive de Shirel pour Tel-Avivre : J’ai donné rendez-vous  à Shirel dans le café de Tel-Aviv que je préfère, un café jardin et elle arrive radieuse, elle porte une très belle robe, elle ressemble à une actrice des années 50. Elle m’a avoué d’ailleurs, ne porter que des vêtements de ces années là, pas uniquement pour des raisons esthétiques mais aussi parce qu’elle a toujours besoin de savoir d’où elle vient, de s’ancrer dans l’histoire, dans son histoire et celle de ses aïeux.  

shirel1Tel-Avivre : Bonjour Shirel, comment vas-tu ?

Shirel : Trés bien, merci

Tel-Avivre : Peut- on se tutoyer, puisqu’il n’y a pas de vouvoiement en hébreux.

Shirel : Tout à fait

Tel-Avivre : Cela fait longtemps qu’on ne te présente plus, tu es  la fille de Jane Manson et du réalisateur André Jaoui, ta carrière commence début des années 2000 avec une prestation remarquée et remarquable dans la comédie musicale Notre Dame de Paris, puis tu sors un premier Album « tous les chemins » , tu enchaînes un peu de cinéma, beaucoup de comédies musicales les “Enfants du Soleil”. “Le Sel et le Miel”, puis tu sors un deuxième album “Under the Tree”et en 2011 une autre comédie musicale “Avenue Q”. En 2012 tu enregistres ton 3 ème album “Old Things” et en parallèle de cette carrière professionnelle déjà bien remplie, tu as choisi de fonder une famille en Israël où tu vis depuis plus de quinze ans avec ton mari et tes deux enfants.

Shirel : Je vis en Israël depuis 18 ans exactement.

Tu es une artiste reconnue pour ton talent, connue pour ton sourire et cette douceur empreinte de fermeté lorsque tu défends Israël.
On a l’impression que le sionisme t’habites depuis toujours alors pourquoi  sortir seulement aujourd’hui un album écris en parti en hébreu. Tu as dit une fois « je pense en français, j’écris mes chansons en anglais et je ressens en Hébreu… »

Qu’ est ce qui a évolué depuis?

Shirel : Apprendre à vivre prend toute une vie, et j’ai mis du temps à avoir confiance en moi en hébreu. Quand on arrive ici, beaucoup d’Olé Hadash le savent, les israéliens, même aimablement,  ne nous prennent pas au sérieux, on parle hébreu comme des enfants, on ne peut pas s’exprimer, exprimer nos sentiments comme on le voudrait, écrire des chansons en hébreu me paraissait juste impossible et les chanter ne me paraissait pas très habile à cause de mon accent français que je trouvais insupportable, mais je me suis aperçue que les israéliens trouvaient mon accent français non seulement supportable mais même plutôt charmant et sympathique. En entendant Riff Cohen, une jeune chanteuse franco-israélienne, je me suis dit pourquoi pas moi?. D’ailleurs, c’est vrai que ma mère, qui a vendu trente millions d’album en France, a elle aussi, en français, un accent américain pas possible.

Mais il y a une autre raison qui m’a poussée à me jeter à l’eau, je prends des cours d’hébreu depuis trois ans  avec une femme extraordinaire qui s’appelle Michal Perez, qui ne comprend pas l’anglais et qui m’a demandé d’écrire des chansons en hébreu. Alors évidemment, je lui ai dit, « non mais vous plaisantez », pas avec mon vocabulaire! Eh bien j’ai finalement essayé d’utiliser le vocabulaire qu’elle m’avait appris, en empruntant tous ses mots j’ai réussi a écrire des chansons , j’ai même été bluffée par ce que j’ai pu faire (parce que c’est pas mal ,en plus,  même les autres trouvent ça pas mal, dit-elle, avec beaucoup d’humour). Cela m’a fait beaucoup de bien et je réalise que chanter en hébreu est la chose la plus sincère que je puisse faire dans ce métier.

Tel-Avivre : Le concert du 29 juillet au Ezor, pas loin de la rue Hamazger, a je crois de particulier, qu il s’adresse à un public féminin ? Pourquoi ? 

Shirel : Non, pas du tout, j’ai fait un premier concert avec un public uniquement féminin, je voulais un regard féminin, une sensibilité féminine pour accueillir ce nouveau challenge. Les femmes apportent la « braha ». Mais non, je ne chante pas devant le seul public féminin, ce spectacle est un spectacle pour tous même s’il y a beaucoup de chansons empruntées de spiritualité.

Tel-Avivre : On a l’impression que le choix que tu as fait de t’installer en Israël, n’était pas le plus simple pour ta carrière, que tu as délibérément privilégié ta vie privée et ton Alyah. On a juste l’impression que tu as mis tes idéaux avant ta carrière?

Shirel : Oui, bien-sur, j’ai toujours mis mes idéaux avant ma carrière, mais c’est surtout ma foi avant ma carrière, mon sionisme, je ne peux juste pas m’imaginer vivre en dehors de l’État d’Israël, ce n’est pas possible. A l’age de dix huit ans, cela s’est imposé à moi, il fallait que « je participe » à l’Etat d’Israël, que j’en fasse concrètement parti, un peu comme quand on a envie de faire parti d’une comédie musicale.

Tel-Avivre : Alors justement l’album s’appelle Lachouv Habaïta (rentrer à la maison), il y a une chanson qui s’appelle Ani Lo Rostsa Laavod,  אני לא רוצה לעבוד une reprise légère de « Je veux pas travailler » mais il y a aussi beaucoup d’autres chansons comme une très belle chanson qui s’appelle  Lo nafsik lirkod, de quoi parle-elle ?

Shirel : Je passe souvent devant le mémorial de l’ancienne boite de nuit du Delphinarium où il y a eu l’attentat, il y a déjà 11 ans, et c’est écrit :  Lo nafsik lirkod (on ne s’arrêtera jamais de danser) . Je trouve cette phrase extraordinaire et tellement vrai, elle illustre vraiment le peuple israélien qui après un terrible attentat est capable de continuer à vivre, à sortir, à  rire, la vie continue et on se relève, et on ne restera jamais par terre, anéantit, on continuera de danser! Cette phrase est un symbole que j’ai voulu mettre en chanson.

Il y a aussi une chanson très importante pour moi qui s’appelle  » Isha Yehudia » , qui parle des cours que je prends et du chemin qu’il faut emprunter pour apprendre à être soi- même, ce qui est pour moi le but de l’existence. Un rabbi a dit à  Rabbi Zuccha, quand tu paraîtras devant l’Éternel, Il ne te demandera pas pourquoi tu n’as pas été Moise, mais plutôt pourquoi tu n’as pas été Rabbi Zucha. C’est extraordinaire!

Tel-Avivre : Y a-il un chanteur  israélien avec qui tu as envie de chanter en duo ?

Shirel : J’adore David Broza, j’ai chanté un jour avec lui chez lui, dans son salon, j’étais comme une folle, quand j’ai fait mon Alyah, à 18 ans, je ne connaissais pas de chanteur israélien et le premier album que j’ai acheté, c’était un album de David Broza, j’ai découvert la musique israélienne avec lui, et  j’ai appris l’hébreu avec ses chansons.

Tel-Avivre : Revenons un peu en France, tu es connue pour ton engagement dans les médias, tu as, à plusieurs reprises, montré publiquement ton attachement à Israël, je me souviens chez Ardisson avec Djamel par exemple, avec quelle maîtrise naturelle, tu as souvent fait face à tes interlocuteurs sans jamais sembler être déstabilisée. Te sens –tu encore impliquée dans ces batailles? En quelque sorte as-tu encore envie d’être une ambassadrice israélienne en France.

Shirel : Pas du tout, je n’ai plus envie de cela, j’étais très fière d’incarner cette image, Mais aujourd’hui, je pense que cela ne sert à rien, que ce n’est pas mon rôle, je crois qu’il ne faut plus trop se préoccuper de ce que les gens vont penser de nous, il vaut mieux être qui on est, encore une fois  devenir qui on est, et les autres nous accepteront par automatisme.

Tel-Avivre : As-tu comme un certain nombre de gens, l’impression que les médias français désinforment le public?

Shirel : Je m’en fiche complètement, je n’ai pas la télé, je n’écoute pas la radio, je n’écoute pas les news, s’il arrive quelque chose de très important, par exemple Guilad Shalit, je serais au courant mais sinon je ne veux rien savoir, on peut me dire mais tu vis dans une bulle, je vis dans ma réalité, comment m’améliorer, élever mes enfants, être une bonne mère, une bonne épouse, une vraie amie, une bonne talmida c’est déjà très compliquée tout ça…on doit trouver son Makom , (sa place), et tant qu’on a pas trouvé sa place, les autres ne seront pas non plus à leurs places. Ce que pensent les français leur appartiennent, ils changeront quand nous serons à notre place. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’être en sécurité, mais quand j’étais sur les plateaux de télé, on peut croire que j’étais très calme et sereine mais après, il faut se les prendre les insultes, les menaces de mort, il y a des centaines de milliers de personnes sur des sites internet qui veulent ta peau, c’est pas si facile à vivre de se lever le matin avec ce genre de mail…je ne veux plus vivre là bas, c’est sûr. plus jamais, jamais….

Tel-Avivre : Il y a un millier d’Olim qui arrivent début août, Tu as fait ton Alyah il y a longtemps maintenant, es-tu toujours aussi passionnée qu’il y a 15 ans, vibres-tu en Israël comme dans les premiers jours ?

Shirel : De plus en plus, tous les jours encore plus, vraiment, j’ai remarqué que le mot tsiniout (cynisme)et tsinout (sionisme)ne se différencient que par une lettre, le vav je crois, le cynisme des israéliens qui manquent de sionisme parce qu’ils sont là depuis trop longtemps ne m’a pas touché, même si les israéliens manquent souvent de « valeurs françaises »  comme la politesse, délicatesse, courtoisie, etc..c’est peut être un choc mais je n’en ai pas été affectée ,  je remercie D… tous les jours de me réveiller ici à Tel-Aviv et ce que j’apprécie quand je vais à Paris c’est surtout de revenir à Tel-Aviv!

Tel-Avivre : Quelle est la date exacte du concert?

Shirel : C’est lundi prochain, lundi 29 juillet, je vous attends très nombreux avec un très grand plaisir, l’album sortira sur internet juste après le concert.

Tel-Avivre : Merci beaucoup Shirel d’être venue nous voir, Behatslaha.

Shirel : Merci à vous, avec grand plaisir.

Réservez vos places pour le concert

 

Propos recueillis par H.P. Benhamou pour Tel-Avivre

 

 

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