Cyril Karabus a reçu un accueil enthousiaste à son arrivée à l’aéroport international de Cape Town en Afrique du Sud.

Une foule d’une centaine de personnes avait fait le déplacement pour le saluer. Une troupe de troubadours chantait « Hevenu Shalom Aleichem . » Et un rabbin s’avança vers lui pour réciter la bénédiction sacerdotale.

Son retour il y a deux semaines, a couronné une saga de neuf mois au cours desquels Karabus, 78 ans, a été emprisonné aux Emirats Arabes Unis pour homicide involontaire et fraude.

Alors à la retraite, il avait été condamné pour le décès d’un patient de 3 ans atteint d’une leucémie qu’ il avait traitée en 2002 lors d’un séjour de six semaines au Sheikh Khalifa Medical Center à Abou Dhabi.

En transit à Dubaï lors de son retour du mariage de son fils à Toronto, il a été menotté et arrêté par la police devant sa femme, sa fille, son gendre et ses deux petits-enfants.

J’étais «totalement choqué », a déclaré Karabus  lors de son arrestation à Dubaï en août.

Ainsi a commencé l’enfer. Il a  été incarcéré dans trois prisons différentes pendant 57 nuits et avait l’interdiction de quitter les Emirats Arabes Unis.

Lors de son enregistrement à Toronto, Karabus soupçonnait que quelque chose n’allait pas. Il a été informé par le personnel d’Emirates Airlines qu’il y avait une alerte de sécurité à son nom. Mais après une enquête plus approfondie, on lui a dit qu’il n’y avait aucun problème et qu’il pouvait embarquer.

«Ils étaient complices et au courant de mon arrestation, ce n’est pas une compagnie aérienne violente mais une réelle  force de police et d’investigation », a déclaré Karabus.

Après son arrestation, la famille a appelé son avocat sud-africain, Michael Bagraim, pour obtenir des conseils. Il était alors 3 heures du matin.

«Je ne savais pas ce qui se passait », a déclaré Bagraim. «J’ai imaginé que c’était une sorte de délit de trafic. J’ai rassuré la famille : «Ne vous inquiétez pas, je vais régler ce problème et nous allons le faire revenir d’ici quelques jours. Je leur ai conseillé d’embarquer , j’avoue avoir sous-estimé la situation à ce moment-là. »

La majeure partie de l’ incarcération de Karabus a eu lieu dans la prison d’Al Wathba, où il partageait une chambre avec deux frères accusés de meurtre. Karabus, qui souffre d’une maladie cardiaque, a passé son temps à jouer aux échecs avec l’un des accusés, un étudiant de 26 ans de l’Université de Cambridge qu’il décrit comme «un bon gars. »

L’étudiant a façonné l’échiquier en dessinant un damier et en confectionnant des pièces de jeu.

«Ce n’était pas le meilleur jeu d’échecs, mais nous avons bien joué », a déclaré Karabus.

Karabus a décrit son emprisonnement, « La chaleur était infernale et j’attendais des heures les chevilles et les poignets enchaînés, assis dans une salle d’attente de 15 mètres carrés avec 40 autres prisonniers.  »

Pendant ce temps, en Afrique du Sud, l’avocat Bagraim faisait campagne pour la libération du médecin et militait pour que les médias actualisent l’histoire. Pendant les six derniers mois, Bagraim a avoué ne s’être occupé de rien d’autre pour s’impliquer totalement dans cette affaire.

Karabus a finalement été acquitté de toutes les accusations en mars, mais l’affaire ne s’est pas arrêtée là. Plusieurs maladresses administratives et des retards l’ont maintenu dans le pays pendant deux mois. Karabus a déclaré que sa judéité n’était pas la cause de sa maltraitance par les autorités des Émirats arabes unis. Mais le maintien de sa pratique religieuse dans un pays musulman n’a pas toujours été facile. À Pessah, il a arrêté de manger du pain pendant une semaine. Il assista au seder et  à la brit de son petit-fils via Skype. Pour Yom Kippour, il a évité la nourriture et les boissons.

«Ce fut le Kippour le plus facile de toute ma vie», a t-il dit.

Son procès a été périlleux. Karabus a encaissé plus d’une douzaine de reports de la cour tandis que les autorités cherchaient un rapport médical qui l’aurait disculpé. Et bien qu’il n’ait jamais craint pour sa sécurité et sa santé – Les autorités des EAU  lui ont fourni des médicaments pour sa maladie de cœur – il s’inquiétait parfois que son calvaire ne s’arrête jamais.

Karabus ajoute que le juge, un Marocain, « n’a jamais dit un mot pour moi. »

Un immense soutien a afflué de partout dans le monde. Des lettres de ses confrères médecins lui ont été envoyées, dont beaucoup n’avaient pas de lien personnel direct avec lui mais qui ont été émus par son sort.

«A un moment j’ai eu environ 100 emails des membres de l’American College of Medical Science et également de la Communauté  de sciences du Bangladesh », a déclaré Karabus. « J’ai essayé de répondre à la plupart d’entre eux. »

Karabus dit qu’un jour il pourrait écrire un livre sur son expérience. Mais pour l’instant, il se contente de profiter de sa maison et de ses proches.

«J’essaie de retrouver mes marques », a déclaré Karabus. «Je ne me souviens même plus où sont rangées les choses dans la maison! »

Caroline Haiat pour Tel-Avivre

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