Cette semaine : Boulevard Eliezer Kaplan

Les mois d’août et de septembre 2011 firent du boulevard Eliezer Kaplan à Tel Aviv l’un des plus connus d’Israël. Ce ne fut pas vraiment pour la rue elle-même, mais plutôt pour ce qu’elle accueillit alors : les plus grosses manifestations de l’histoire d’Israël, en protestation contre les difficultés économiques de la population.

En apparence, le boulevard Eliezer Kaplan n’a pas de charme particulier. Il commence au croisement des rues Dizengoff et Ibn Gabirol, autour d’un carrefour animé et bruyant, et se termine au pied de la grande tour Kiryat Hamemshala, qui accueille des bureaux administratifs gouvernementaux, juste en face du grand complexe commercial Azrieli et de ses trois tours d’affaires. On est au croisement de la route Menachem Begin et de la route Ayalon, qui fait figure de périphérique de Tel Aviv.

Le boulevard Eliezer Kaplan semble relier le Tel Aviv du divertissement au Tel Aviv du travail et des entreprises. A ce titre, son nom est assez bien choisi, celui d’Eliezer Kaplan, militant sioniste du début du vingtième siècle, devenu homme politique israélien et le premier ministre des finances du pays.

Né en 1891 à Minsk dans l’Empire russe (aujourd’hui en Biélorussie), Kaplan fut membre du Parti socialiste sioniste de l’époque (à Minsk), qu’il rejoint dès 1905. Il fut aussi l’un des fondateurs et dirigeants du mouvement du renouveau de la Jeunesse de Sion en Russie. Diplômé de l’école polytechnique de Moscou en 1917, au titre d’ingénieur du bâtiment, Kaplan immigre en 1920 en Terre d’Israël et s’implique dans la fusion de la Jeunesse de Sion et du mouvement Hapoel Hatzaïr, pour former le nouveau mouvement Hitachdut (Unité ou Union). A la Conférence de la Fédération sioniste de Londres,il est élu au Comité Exécutif sioniste puis envoyé à Berlin. De retour au pays d’Israël en 1923, il rejoint le bureau de la centrale syndicale Histadrout, qui existe encore aujourd’hui.

Impliqué dans le développement de Tel Aviv, il devient le directeur du département technique de la municipalité entre 1923 et 1925 et est élu au conseil municipal de Tel-Aviv en 1925, jusqu’en 1933. Cette année-là, il rejoint le conseil d’administration de l’Agence Juive et en devient le trésorier jusqu’en 1948.

Eliezer Kaplan fut élu à la première Knesset en 1948 en tant que membre du Mapaï (le nom des travaillistes socialistes de l’époque) et fait partie de ceux qui ont signé la déclaration d’indépendance d’Israël avec David Ben Gourion, dont il devint le ministre des finances, du Commerce et de l’industrie. En juin 1952 il devient le premier vice-premier ministre du pays, mais meurt trois semaines plus tard. Il est enterré aujourd’hui au mont Herzl à Jérusalem.

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Un Centre médical, construit en 1953, porte son nom à Rehovot, ainsi qu’un quartier à Kfar Saba et une zone industrielle dans la banlieue de Netanya. De nombreuses rues portent son nom dans le pays.

Mais à Tel Aviv, le boulevard Eliezer Kaplan est moins intéressant en soi que pour ce qu’il traverse. En effet, sur le versant nord de la rue, on trouve aujourd’hui la Kyria, le quartier général de Tsahal. Et sur le versant sud, sous les travaux des grands projets immobiliers, des tours de luxe et des projets commerciaux qui en feront l’un des quartiers les plus dynamiques de Tel Aviv dans quelques années, on trouve ce qui constitue en réalité le plus ancien quartier de Tel Aviv : le quartier Sarona, dit des Templiers, encore appelé moshava germanit ou allemande (comme il en existe à Haïfa et à Jérusalem).

L’histoire de la société des Templiers commence à la fin du 19ème siècle, en Allemagne. Il s’agit d’un mouvement religieux protestant allemand considéré comme sioniste chrétien et pionnier du sionisme moderne. Ses membres prônaient le retour aux sources du christianisme et la création d’implantations urbaines et agricoles en Israël. Les Templiers aspiraient à créer dans le pays un centre spirituel qu’ils appelaient Temple (sanctuaire) d’où leur dénomination de Templiers. Ils furent agriculteurs et grands bâtisseurs. Près de 2000 dans le pays, on en comptait 225 à Sarona en 1925.

Aussi s’il est de coutume de considérer Neve Tzedek comme premier quartier du futur Tel Aviv, avec la première maison hors les murs de Jaffa, celle d’Aharon Chelouche en 1883, en vérité le quartier des Templiers lui fut antérieur puisque les Templiers s’y installèrent en 1871, sur une dune à 2 kilomètres de la mer. Ils y plantèrent alors les premiers arbres de Tel Aviv, des eucalyptus, mais aussi des vignes, et les premiers bâtiments dont on peut aujourd’hui admirer les ruines. Ils devraient être réaménagés par les travaux actuels.

Le quartier des templiers comprenait à l’époque une partie de ce qui est aujourd’hui la Kyria. En 1930, le quartier s’agrandit et l’architecte Mendelssohn construit des petits immeubles de style international. Le K.K.L. et la mairie de Tel Aviv acquirent tous les terrains environnants. Sous le mandat britannique le quartier de Sarona était rempli d’entrepôts où la Haganna et l’Etzel cachaient des armes. A l’abandon depuis plusieurs années, il connaît un renouveau aujourd’hui qui fera du boulevard Kaplan le nouveau centre de Tel Aviv.

 Tel-Avivre – Street Connec Sion – Misha Uzan 

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