Cette semaine: Boulevard Nordau

A Tel Aviv, la rue Nordau relie la rue Hayarkon, qui longe la mer, à la rue Ibn Gabirol, qui traverse tout le centre-ville. La mer n’est pas loin, à l’ouest, et le parc Hayarkon est tout proche, au nord.

La rue Nordau peut être considérée comme le début du nord de Tel Aviv. Elle est peu commerçante mais elle réunit les qualités qui font le charme du nord de la ville : elle est relativement plus calme que les rues du centre, elle est plus espacée et plus cossue.

Comparativement au cœur de la ville, on y trouve moins d’immeubles anciens non rénovés, et l’immobilier y est généralement très cher. Beaucoup de francophones ont choisi la rue Nordau. Elle cumule à la fois la proximité avec le centre et avec la mer, plus d’espace dans la rue, plus d’espaces verts – le jardin de l’indépendance est au bout de la rue -, et la proximité avec le grand parc Hayarkon et toutes ses activités.

Il fait bon vivre rue Nordau et il fait bon se promener sur le terre-plein central qui fait le charme de plusieurs rues de Tel Aviv : à Ben Gourion, à Rotschild, à Chen, à Nordau, etc.

La rue tient son nom de Max Simon Nordau, médecin, journaliste et critique sociologique qui fut l’un des meilleurs amis de Theodor Herzl et l’un des grands meneurs du sionisme herzélien, co-fondateur, avec Herzl, de l’Organisation sioniste mondiale.

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La légende populaire raconte que, lorsque Herzl, journaliste autrichien dans la France de l’affaire Dreyfus, eut l’idée de recréer un Etat juif, ses amis lui répondirent qu’il était fou. Ils l’envoyèrent, raconte la légende, consulter un ami médecin, lui aussi journaliste, hongrois mais de culture allemande, appelé Max Simon Nordau, de son vrai nom Simon Maximilian Südfeld ou Südfeld Simon Miksa. Et c’est en livrant son idée à son nouvel ami médecin que ce dernier aurait répondu à Herzl : « vous n’êtes pas fou, vous êtes un génie », s’engageant avec lui à tout mettre en œuvre pour la création de cet Etat.

Si cette légende joue un peu avec la réalité, il ne reste pas moins vrai que les deux hommes ont alors fait du sionisme, la grande priorité de leur vie.

Nordau fut l’exemple typique du juif européen totalement assimilé et acculturé. Il se maria avec une protestante, et malgré son éducation hongroise, se sentait très proche de la culture allemande, écrivant dans sa biographie : « Quand j’ai atteint l’âge de quinze ans, j’ai quitté la façon de vivre juive et l’étude de la Torah… Le judaïsme est resté un simple souvenir et depuis lors, je me suis toujours senti Allemand et Allemand seulement. » Il devint néanmoins l’un des leaders du sionisme politique herzélien.

Devenu journaliste pour de petits journaux de Budapest, malgré son diplôme de médecine, il partit pour Berlin en 1873, où il changea son nom, avant d’être envoyé à Paris comme correspondant de Die Neue Freie Presse. Sociologue critique de la société européenne dans laquelle il vécut, il écrivit quelques œuvres controversées comme Les mensonges conventionnels de notre civilisation, en 1883, ou encore Dégénérescence, en 1892.

Mais Max Nordau fut surtout l’un des personnages clés des premiers congrès sionistes mondiaux, qui ont joué un rôle vital dans l’orientation du sionisme politique herzélien. Tandis qu’Herzl privilégiait à l’origine l’idée d’un journal juif et la formation d’une Société de Juifs élitiste afin de propager l’idée du sionisme, Nordau réussit à le convaincre que le sionisme devait avoir des bases démocratiques même s’il était virtuellement impossible de représenter tous les groupes juifs de l’époque. Nordau fut l’homme qui convainquit Herzl de la nécessité d’une assemblée.

Il organisa ainsi le premier congrès sioniste, à Bâle en Suisse, du 29 au 31 juillet 1897. Essayiste et journaliste cinglant, sa renommée intellectuelle attira l’attention sur le projet. Nordau y fit la deuxième intervention, après celle d’Herzl, décrivant la condition juive en Europe et la misère des communautés d’Europe de l’est.

Au XXe siècle toutefois, son influence culturelle déclina lentement face à la montée de mouvements sionistes influencés notamment par le socialisme. Max Nordau était un exemple de bourgeois juif de culture allemande de la fin du XIXe siècle. Bien que rationaliste et partisan des idées des lumières du XVIIIe siècle, il fut perçu comme conservateur par les socialistes, voire comme réactionnaire pour ses idées sur la « dégénérescence » de la société urbaine, une théorie sociétale critiquant l’industrialisation à outrance, la perte des valeurs traditionnelles et la reproduction dans les domaines sociaux, politiques et moraux, des règles de l’art.

Mais ses critiques de l’art ou plutôt de sa reproduction sociale, n’empêchèrent pas la municipalité de Tel Aviv de donner son nom à l’une de ses plus belles rues. Elles n’empêchèrent pas non plus Maxa Nordau, sa fille née en 1897, l’année du Congrès de Bâle, de devenir l’une des peintres emblématiques de l’École de Paris et l’une de celles qui a figé sur la toile, les paysages d’Eretz Israël. C’est un peu toute la contradiction de Max Nordau, juif assimilé devenu sioniste, et critique des influences sociales de l’art engendrant une grande artiste.

Mort à Paris en 1923, la dépouille de Max Nordau fut transférée à Tel Aviv, au cimetière Trumpeldor, en 1926. Son nom reste attaché au sionisme et à ses congrès, à l’organisation sioniste mondiale, et à l’une des plus belles rues de Tel Aviv.

Tel-avivre – Street Connec Sion – Misha Uzan 

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