Cette semaine : rue Bograshov

Située au centre de Tel Aviv, la rue Bograshov est l’une de celles qui mènent à la mer. Elle tient son nom de Haïm Boger (Bograshov), activiste sioniste né en 1876 en Crimée dans l’Empire russe (aujourd’hui en Ukraine), docteur en philosophie, et enseignant. Haïm Bograshov immigra en Eretz Israël en 1906 et contribua à ouvrir le lycée d’Herzliya, le premier en hébreu, où il fut enseignant de 1919 à 1951.

Il fut aussi l’un des leaders du Gush Ha Mizrachi, le Bloc oriental, membre de l’Union des sionistes généraux et également à l’origine du Moshav Tel Tzor, qui dépend aujourd’hui d’Even Yehouda. Homme engagé, il fut élu à la 2eme Knesset en 1951.

Mais son nom reste surtout attaché à la ville de Tel Aviv dont il fut membre du conseil municipal de 1921 à 1930. Il se consacra notamment à la création du quartier Nordia à Tel-Aviv pour aider les sans-abri. C’est dans ce quartier que naquit la rue qui porta plus tard son nom, de son vivant, malgré l’opposition de Bograshov, qui changea son nom en Boger.

La rue Bograshov fut construite dans les années 1922 et 1923 en tant que rue principale traversant le quartier Nordia. Ce quartier fut créé après les révoltes arabes de 1921 et destiné à absorber les réfugiés juifs de Jaffa, expulsés de leurs maisons et de leurs terres. Il fut construit sur des terres d’orangers et de sable achetées par le Fonds national juif quelques mois plus tôt. A l’origine, le Fonds prévoyait d’y installer des jardins, mais l’urgence l’a forcé à aménager des cabanes en bois pour loger les réfugiés juifs.

La partie Est de la rue étant difficile à drainer, le quartier a subi plusieurs inondations majeures à ses débuts. Ce n’est que dans les années 30 que les premiers immeubles furent construits. Bograshov a marqué la limite, à l’époque, du plan Geddes, un plan d’urbanisme qui étendait Tel Aviv plus au nord. Aujourd’hui, le nord de la ville en est devenu le centre.

Pendant la deuxième guerre mondiale, plusieurs bâtiments de la rue ont été détruits par les bombardements italiens sur Tel Aviv. Par ailleurs, au 5 rue Bograshov, sur le toit, se trouvait la maison de la poétesse Rachel (Blowstein Sela). C’est là qu’elle a écrit la plupart de ses poèmes.

On trouve également rue Bograshov la place du policier (Kikar Hashoter), au coin du centre Dizengoff et au croisement de la rue Tchernikowsky, où se situe un petit square construit dans les années 70, pour se détendre, malgré le bruit. Au numéro 63 se dresse aussi l’ancienne principale synagogue du quartier, construite par la population locale à la mémoire de Leo Grabnov, disparu à 21 ans dans l’affaire des navires de guerre Emmanuel. Une plus grande synagogue qui perpétue la première, se situe aujourd’hui au numéro 79.

Mais surtout, aujourd’hui comme hier, la rue Bograshov fut une rue commerçante bordée par de nombreux petits magasins. On pourrait la diviser aléatoirement en trois : le croisement avec King George (ou George Hamelekh), ce qui correspond à la place Michaels, à l’est de la rue ; le centre de Bograshov ; et le côté de la plage ou la place London, à l’ouest.

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Au croisement de la rue King George, Bograshov est une rue plutôt bruyante. Le café Barnash, un fast-food de spécialités israéliennes et un Subway font le coin. Mais surtout, il faut prêter attention à la forme du croisement entre les deux rues : en creux. C’est l’un des rares lieux de ce type à Tel Aviv. L’avenue Ben Tzion à l’est et la rue Bograshov à l’ouest en effet, témoignent – implicitement, car on ne voit plus rien – de ce que fut Tel Aviv avant sa création en 1909 : des dunes, du sable, des terres d’orangers. Si Tel Aviv est presque entièrement plate, certains lieux marquent encore une géographie qui fut celle qui a précédé les constructions. Cette typographie explique les difficultés de drainage connues dans les années 20, mentionnées plus haut. Aujourd’hui encore, mieux vaut éviter ce creux un jour de grande pluie, de peur de se retrouver trempé jusqu’aux genoux.

En son centre, Bograshov est une rue très fréquentée de la ville. On y vient s’y détendre, s’y restaurer, s’y habiller.

En effet, Bograshov est avant tout connue pour ses cafés et petits restaurants. Beaucoup de chaînes y ont une enseigne. Mais ceux qui ne font pas partie d’une chaîne ont néanmoins réussi à s’y faire une place. Au numéro 51 de la rue, à l’angle de la rue Pinsker, Ha Pizza s’est fait une réputation. On dit que c’est une des meilleures de la ville et regarder les chefs la préparer, à l’intérieur du café, est particulièrement impressionnant. . On peut aussi mentionner la nouvelle pizzeria cachère, Pizza Cosi, qui fait l’angle avec Ben Yehouda. De même c’est rue Bograshov qu’on trouve le Moon, l’un des restaurants de Sushi les plus branchés de Tel Aviv, tenu par un Français, et où l’on trouve des sushis à peu près à tout. On trouve encore rue Bograshov plusieurs snacks de fallafels, shawarmas ou hot dogs pour se nourrir plus rapidement le midi, avec l’incontournable Fallafel Gabai.  A noter également Shu Sha, un très bon restaurant d’hamburgers au numéro 45 et Mexicana, au numéro 7, près de la plage, qui vous fera partir pour le Mexique en un rien de temps. On ne peut que regretter en revanche l’absence de marchands de glace. Auparavant il y en avait deux, l’un a fermé, l’autre déménagé. Toutefois, un nouveau glacier a ouvert au coin de la rue Ben Yehouda, à côté de Pizza Cosi. En face on trouve un très bon restaurant français : Le Folies tenu par Cédric.

On vient aussi à Bograshov pour s’habiller, mais pas n’importe comment. Si la rue Dizengoff fait dans le prêt-à-porter de luxe, et les robes de mariées, Bograshov est plus axée sur la mer. N’oublions pas que la plage n’est pas très loin. On s’habille rue Bograshov plus particulièrement si l’on aime le look de skateur ou de surfer. Plusieurs magasins vendent des vêtements de grandes marques réputées parmi les spécialistes du secteur. A noter également quelques magasins très fashion, dont un qui fait dans la revente du Vintage dont certains ne veulent plus mais que d’autres s’arrachent.

Enfin, côté plage, la rue Bograshov devient commémorative et historique. Elle débouche sur la rue Hayarkon et la place London, qui donne une vue merveilleuse sur la mer. On n’y fait pas toujours attention, mais il faut se rappeler, en descendant vers la mer, que la place London est un mémorial aux victimes de l’Altalena, ce bateau de l’Irgoun, chargé d’armes et d’immigrants, coulé par Tsahal, à peine créé, le 22 juin 1948, sur l’ordre de Ben Gourion. Un moment tragique de l’histoire du pays. En regardant bien, on observe que la pente a elle-même une forme de bateau.

De même, au croisement des rues Bograshov et Ben Yehouda, côté est, on peut admirer l’immeuble bateau, une beauté architecturale de la ville.

Très empruntée, relativement bruyante, il ne serait pas faux de dire que la rue Bograshov cumule toutes les qualités et les défauts de Tel Aviv : beaucoup de monde, mais aussi du bruit, de l’ambiance, de la fête, du divertissement, de la jeunesse et de la modernité, et enfin quelques lieux commémoratifs, qui nous rappellent l’histoire de Tel Aviv et d’Israël.

Tel-avivre – Street Connec Sion – Misha Uzan 

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