Les premières maisons de Tel-Aviv ont été tirées au sort!

Pendant tout l’avant-guerre, le centre le plus vivant du pays est Jaffa. C’est une ville de vielle renommée et le seul port d’arrivée en Palestine. C’est pourquoi, tout naturellement les Hovevé Sion d’Odessa choisissent Jaffa pour y ouvrir, en 1891, un bureau chargé de venir en aide aux immigrants de la première Alyah. Ville de transit; ville d’échanges, Jaffa le devient plus encore lorsque Ruppin y installe, en 1908, le siège de son « Office Palestinien ». La population juive s’accroît. En 1908 Jaffa a déjà 40 000 habitants, dont 10 000 juifs. C’était la ville la plus importante du pays, mais les quartiers étaient peu salubres, les maisons délabrées, sans jardins, sans verdure. De plus, pour les juifs, la loi Ottmane (loi dite muhran) imposait de changer chaque année de logement. Une loi dont l’objectif était d’empêcher les juifs de conserver un lien durable avec leur terre.

Aussi un groupe de familles juives de Jaffa décida de se réunir en une société: Ahouzat Bayit, pour construire un quartier résidentiel dans les faubourgs de Jaffa, sur les dunes de sables en bordure de la mer. Ils établirent les plans d’une cité moderne, aux rues larges, aux maisons aérées, et entourées de verdure. Parmi ceux qui lancent l’idée, il y avait Zalman Levontin, Le Dr. Hillel Yaffe, et bientôt se joint à eux Méir Dizengoff. Le projet parut à certains utopique, mais ses promoteurs tinrent bon, malgré toutes les difficultés. Ils avaient réuni une certaine somme d’argent, mais de loin insuffisante pour l’achat du terrain et la construction d’un premier lot de soixante maisons. Bien qu’il ne soit pas, en principe, intéressé au développement urbain, le K.K.L. accepte cependant d’accorder un prêt qui est ratifié au Congrès sioniste de 1907. L’achat du terrain était impossible au nom des participants, presque tous sujets russes ( la loi interdisant la vente de terrains à des Juifs russes restait en vigueur). On eut de nouveau recours à des «prête-noms», et des Juifs ottomans offrirent leurs services. Comme les familles ne pouvaient pas décider comment répartir les terres, ils ont organisé une loterie afin d’assurer un partage équitable.

Très vite, la célébrité d’Ahouzat Bayit devint grande. Avant même que les travaux ne commencent, en 1909, des lettres nombreuses parviennent, émanant de gens qui demandent à entrer dans la société et à bénéficier d’un terrain dans le nouveau quartier; ce fut le cas notamment du poète Bialik, qui écrivit d’Odessa pour demander qu’on lui réserve une place: le projet initial, prévu pour soixante maisons, passa donc immédiatement à un plan pour cent. Un puits fut foré, assurant de l’eau.

Le 10 Sivan 1909, les fondations de la première maison furent posées, sur l’emplacement de ce qui est aujourd’hui le plein centre de Tel-Aviv, dans la rue Yehouda Halévy . Les membres de Ahouzat Bayit choisirent d’appeler ce nouveau quartier, qu’ils prévoyaient déjà comme l’embryon d’une ville nouvelle: Tel-Aviv. Ce nom biblique, tiré d’Ézéchiel 3, 15, était le titre choisi par Nahoum Sokolov en 1902 pour traduire en Hébreu le roman de Herzl, Altneuland. C’était à la fois une affirmation d’espoir (le nom signifie : le printemps sur les ruines ), un enracinement biblique et un hommage à Herzl. La rue centrale fut d’ailleurs appelée la rue Herzl, et le lycée Herzlia, fondé en 1905 à Jaffa, décida de déménager pour s’installer à Tel-Aviv. Son fondateur, le Dr Metman, figurait parmi les membres d’Ahouzat Bayit. Devant le succès de l’entreprise, d’autres sociétés se créent, financées partiellement par le K.K.L., pour la construction de nouvelles maisons à Tel-Aviv.

 

Bâtie sur les dunes, exclusivement par les mains juives, Tel-Aviv prend un rapide essor, grâce au dynamisme de ses constructeurs, et parmi eux, tout spécialement, Méir Dizengoff, qui en deviendra le maire en 1921. Partie, au départ, avec 66 familles, Tel-Aviv atteint déjà 5.000 habitants en 1914. Les premiers groupes de maisons restent disposés autour de la rue Herzl et du lycée Herzlia, qui est le centre culturel de la nouvelle ville. Car à Tel-Aviv, comme dans le reste du pays, le travail de construction matériel s’accompagne d’une tâche au moins aussi importante, celle de redonner à la culture juive sa place dans le monde, et à l’hébreu son rôle primordial au sein du peuple juif.

Le véritable développement de Tel-Aviv a décollé avec l’arrivée du planificateur urbain écossais, Sir Patrick Geddes. Il a été invité par la municipalité en 1925 pour présenter un plan complet pour Tel-Aviv. Dans sa vision, Tel-Aviv est une ville jardin, comme prévu par ses fondateurs. Il privilégie une séparation claire entre les rues principales, les rues résidentielles et les boulevards, ce qui reflète le climat social de l’époque.

Dans les années 1930, la ville accueille de nombreux Juifs d’Allemagne réfugiés des persécutions nazies. La ville connaît à cette période un boom démographique important : de 34 000 habitants en 1925, elle passe à 45 500 en 1931 puis à 120 000 habitants en 1935 et enfin à 150 000 en 1937. La ville « jumelle » de Jaffa comptait alors 69 000 habitants peuplés pour moitié des deux grandes communautés de la région: Juifs et Arabes.

De nombreux architectes inspirés par le style Bauhaus (qu’ils adapteront au style méditerranéen et oriental) vont faire de Tel-Aviv l’un des plus grands centres de l’architecture Bauhaus international. En 1937 et en 1938, les aéroports de Lod (le futur Aéroport international David-Ben-Gourion) et de Sdé Dov (au nord de la ville) furent construits.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la ville de Tel-Aviv est bombardée par l’aviation italienne dans le but d’affaiblir les points stratégiques britanniques au Proche-Orient. Ces bombardements feront plus d’une centaine de victimes principalement parmi la population civile. Fin 1947, lors du plan de partage de la Palestine, les États arabes rejettent le plan provoquant un regain de tension. Dès lors, des combats violents éclatent entre les villes de Tel-Aviv, incluse dans le nouvel État Juif, et la ville de Jaffa, assignée quant à elle au nouvel État Arabe.

Lors de la guerre d’indépendance d’Israël, Tel-Aviv est le coeur politique et économique du nouvel État qui doit alors affronter 6 armées arabes. La déclaration d’indépendance de mai 1948 est lue dans la ville qui sera  bombardée les jours suivants par l’aviation égyptienne et les quartiers arabes de Jaffa. La Haganah et l’Irgoun conquièrent alors la ville (le 13-14 mai 1948).

Par la suite, la ville absorbe de nouveaux quartiers à l’est et au nord de la ville ce qui aura pour effet de porter sa population totale à 210 000 habitants fin 1948. En 1950, Tel-Aviv et Jaffa sont fusionnées pour connaître les limites municipales de la ville actuelle.

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3 Responses to Les premières maisons de Tel-Aviv ont été tirées au sort!

  1. cet article est fantastique .Dany de Carmiel

  2. Bonjour, j’aimerais avoir des infos.

    Je projete la construction d’une maison, je m’informe donc sur les constructeurs locaux.

    En fouinant j’ai trouvé ce constructeur de maison http://www.maisons-ideoz.com. Ca me fait pensé a maison phénix et tout le baratin qu’on voit à la TV et ça me rassure pas trop :s.

    A votre avis c’est fiable ? Car sur le papier ils disent que c’est tout beau tout facile mais j’aimerais eviter de dépenser pour rien , c’est tout de même un gros budget.

    J’en appel donc a vos connaissances svp pour me donner vos avis =)

    Merci beaucoup

  3. Pingback: Historique: Loterie à Tel-Aviv pour des logements à bas prix | Telavivre

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